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1ere année

Vendredi 31 mars 2006 5 31 /03 /Mars /2006 10:52
Sociologie politique

I.Introduction

Petite idée de la logique du cours : la sociologie politique comporte un certain nombre de thèmes qu?il faut évoquer et pour cela on partira du citoyen de base, en étudiant le rapport qu?ils entretiennent avec la politique, tout ce qui relève de la participation politique, pour aller vers de thèmes qui sont au c?ur de la politique : c?est une démarche centripète.
On partira des mots. Les mots « politique » qui sont au nombre de 3 et sont marqués par une forte polysémie. On étudiera des mots voisins dont l?évocation peut être utile. C?est généralement à travers le mot politique que l?on trouve l?objet de la science politique.

II. L?étymologie

Le mot « politique » trouve son origine dans le mot « polis ». L?étymologie a aujourd?hui mauvais presse car on en a longtemps fait mauvais usage, on a crut qu?elle révélait le sens, le seul, l?unique, le vrai. (Ethymos en grec = vrai) En fait l?étymologie nous révèle une histoire, une évolution. L?histoire d?un mot nous aide à comprendre le sens actuel, à suivre la filiation qui a fait évoluer un mot.

1.Le mot « Polis »

Il s?exprime autour de 3 notions :
La ville, l?ensemble matériel avec des maisons. Puis cela est devenu l?agglomération, la région puis finalement cela est devenu un rassemblement physique d?êtres humains sur un territoire.
Aspect d?organisation dans l?espace, au sens d?un échiquier.
Idée d?organisation de cette ville, de cette région. Cela va finir par désigner toute société humaine organisée.
Les mots dérivés sont (on les trouve dans des essais politiques) :
polités = un citoyen mais dans une sens politiquement plus fort qu?un simple habitant
politékos = adjectif, ce qui concerne le citoyen
politiké (tekné) = l?aort de gérer la cité
Poliarkos = chef d?une ville
Polistés = polistés = le fondateur d?une ville
Politéria = la qualité de citoyen, le système de gouvernement

2.La famille étymologique

a) Les mots pour dire la ville :

l?acropole d? « akron » = ville du haut / la nécropole de « nekros » = la ville des morts / la métropole de « meter » = la ville mère / La mégalopole de « megas » = la très grande ville / la technopole de « teckné » = = zone de haute technologie / La policlinique = une clinique de ville à l?origine.
Il y a quelques toponymes : Antipolis = Antibes ; Naples = Néa Polis

b) Les mots pour dire l?organisation

Cosmopolite, le cosmopolitisme de « cosmos » (univers) renvoie à l?idée de citoyen du monde / la police = le gouvernement en ancien français, et de gouvernement on est passé à l?un des objectifs de ce gouvernement : maintenir l?ordre, le sens intermédiaire existe aujourd?hui lorsqu?on parle par exemple de police de débit de boisson / La politie qui a donné en anglais polity = régime politique / Quelqu'un de policé est quelqu'un de poli de civilsé / le ou la poliste : c?est une guêpe dont le nid est compliquée.

3.La fausse famille étymologique de politique

Un mot pour dire la preuve : la police d?assurance cela vient d?épolétis = la preuve / Etre poli, c?est quelqu'un de lisse cela vient du verbe polir / monopole / Un polisson = un vendeur irrégulier / le pôle = c?est l?idée de tourner.

III.Les dérivés

Le français a construit toute une série de mot :

1.L?action politique
Le politicien : L?acteur professionnel du jeu politique mais on dit aussi le politicard, le politicaillon, le politicailleur, la politicaille, la politicaillerie, les verbes politiquer et politicailler
Citations :
Georges Levage ( politologue notoire) : « l?homme politiquant »
Jeannette Thorez Vermeersch : « c?est un politicien de politicaillerie » à propos de François Mitterrand. La prégnance d?une représentation péjorative de la politique. Le fait culturel et le fait conjoncturel. Les politiciens multiplient les efforts pour essayer de montrer qu?ils ne sont pas comme les autres, c?est pourquoi les hommes politiques ont tendance à montrer que les politiciens sont bien ce quel es citoyens pensent qu?ils sont sauf bien sur eu-même.
Raymond Barre : « Le microcosme » le monde politique est un tout petit monde où les gens s?entendent.
Michel Rocard : « le parler vrai »
Edith Cresson : « le parler cru »
Charles de Gaulle : « les polis, petits chiens »
Jean-Marie Le Pen : « la Bande des quatre »
« ni à gauche, ni à droite, ailleurs »

2.L?analyse de la politique
La politologie, les politologues et les politistes (synonymes) font de la politologie.
La géopolitique et les géopoliticiens
Le politologue sont ceux qui voient la question d?un point de vue pratique et concret, on a pris l?habitude d?appeler politologue ceux qui travaillent dans un institut de sondage, d?où le fait que certains préfèrent se faire appeler politistes.

3.La relation à la politique
Le verbe politiser et le mot politisation. On aurait commencer à utiliser ces mots à la fin des années 1940 à propos des grandes grèves de 1947. On voulait dire qu?on était passé d?une revendication sectorielle à des considérations beaucoup plus larges comme par exemple contre l?impérialisme américain. La politisation, c?est donc cet élargissement. On a parlé de syndicats politisés en parlant de la CGT, on a accusé JP Sartre de produire une littérature politisée. On parle de manifestations politisées mais aussi et surtout de personnes politisées ou dépolitisées.
L?extériorité :
Apolitisme et apolitique (vocabulaire prisé par des candidats aux élections locales, un maire se présente comme apolitique, il ne désigne pas d?adversaires. Impolitique et impolitiquement

IV. L?adjectif

Il vient de politikos via le latin politicus. Il ya une dynamique qui relie les deux sens entre eux.

Le cinétisme de la polysémie de l?adjectif « politique »
D?abord qui a trait à la cité, à la société organisée pacifiquement.
Le gouvernement de la cité : on parle de régime politique, des institutions politiques
Sens plus précis : est politique ce qui a trait au combat pour gouverner la cité. C?est le sens le plus courant ? la vie politique, le parti politique
Cela peut vouloir dire habile, adroit exemple : traiter un problème politiquement

V. Le nom féminin
La politique vient de politiké par le latin politice. Sa polysémie est essentiellement duale.

1.La politique comme art de gouverner (aujourd?hui plus utilisé)
2.LA politique domaine (politics)

Il désigne un lieu, des lieux ou un champ (P. Bourdieu) : on désigne un certain type de lutte, d?enjeu, de règles, de pré-requis, une certaine structuration sociale.
Philippe Braud : « la scène où s?affrontent les individus, les groupes en compétition autour du pouvoir de monopoliser la coercition »
Jean Lecas : « Une relation sociale devient politique si elle réussit à forcer l?entrée du système politique »
La connotation ambivalente : faire de la politique est à la fois noble, nécessaire et peu recommandable. Edouard Herriot : « Ce manège incertain, de ruses, d?intrigues et de fourberies que nous décorons du beau nom de politique »
FM : « Ce que l?on a coutume d?appeler politique n?est que le catéchisme de la combine et du maquignonnage »

3. la politique programme (une politique, des politiques)
En anglais policy. Le choix imputé et la cohérence revendiquée. Exemple : politique scolaire, économique. Ce sont des dirigeants qui font des choix qui se traduisent par des décisions, des actes ou des paroles.
Ces choix sont présentés comme étant cohérents. L?analyse de politiques publiques est devenue une science nouvelle et importante. Avant la sociologie politique n?étudiait pas les décisions des politiques. Dans politique il y a toujours l?idée de choix. « Gouverner c?est choisir » PMF.

VI. Le nom masculin : le politique (substantivation de l?adjectif)
1.Un politique désigne une personne : un homme politique
2.Le politique comme objet d?étude

La sociologie du politique est-elle différente de la sociologie politique ?
La distanciation de l?objet dans une visée méthodologique de scientificité. Affichage de volonté scientifique lorsqu?on parle du politique plutôt que de la politique, cela place l?objet dans une démarche scientifique ? neutralité axiologique, hors des opinions, des intérêts, on étudie ce qui est. On met en place un processus de recherche, une méthode de travail, cela se passe dans le cadre d?une communauté scientifique.
L?extension de l?objet dans une visée anthropologique (démarche qui vise à chercher une solution viable dans beaucoup de société) ? dire des choses qui sont valables le plus largement possibles.
L?extension dans le temps : le politique avant le politique
L?extension géographique : le politique sans le politique
L?extension dans l?espace social : homologies et interdépendances
La politique comme forme du politique reconnue comme tel.
La politique c?est la forme contemporaine du politique.
On va partir à la recherche de phénomènes sociaux qui ressemble à la politique ou qui sont lui sont interdépendants
Georges Ballandier : « L?essence même du politique sous la diversité des formes qui le manifestent «
Jean Lecas : « Le politique fonctionne d?autant mieux, qu?il se dispenser de passer les feux de la rampe de la politique officielle. »
Patrick Lecante « Ce qui est codé comme tel »


VII : L?objet de la sociologie politique.
1)Les définitions traditionnelles.
La politique, c?est l?Etat.
Avantage : c?est une définition formelle qui renvoie plus au contenant qu?au contenu. D?autre part, elle est simple car tout le monde sait ce qu?est l?Etat.
Inconvénients :
L?Etat n?a pas toujours d?existence, c?est une réalité fondamentalement européenne. Ce n?est qu?au vingtième siècle que la notion s?est répandue dans le monde. Mais cette réalité pose de plus en plus de problèmes. (ex : prise d?importance des ONG, FMN, ? dans les relations internationales.
D?un point de vue juridique, l?Etat, c?est ce que définissent les textes. En quelque sorte, l?Etat s?auto définit, se donne l?image qu?il veut diffuser.
A trop se focaliser sur l?Etat, la science politique est tombée dans une relation trop mondaine.

L?Etat, c?est la collectivité publique qui représente la nation. Mais on ne doit pas se restreindre à se cadre : il faut l?élargir aux collectivités territoriales, à l?Europe, au monde.


Le politique, c?est le pouvoir.
La perception de l?acception du terme pouvoir a évolué : on est passé d?une vision du pouvoir comme ressources possédées par certains, donc parfaitement localisable, a une vision interactionniste qui met en exergue les relations sociales. Le pouvoir est une réalité instable, constituée.
P. Braud : « le pouvoir gît dans l?interaction »
Selon la définition de R. Dahl, le pouvoir est la capacité pour un individu A d?obtenir que B fasse quelque chose qu?il n?aurait pas fait sans A. Ce sont donc des relations inégalitaires.

Le pouvoir d?Etat, ou le monopole de la production d?injonctions légitimes.
On caractérise ce qui se passe au niveau de l?Etat : ce dernier produit des règles assorties de sanctions (règles juridiques). Il y a monopole car l?Etat exerce cette contrainte et prétend être le seul à pouvoir le faire. Or de nombreuses personnes peuvent édicter des règles assorties de sanctions. Mais c?est toujours par délégation de l?Etat.
P. Braud : « le pouvoir politique, c?est le pouvoir des pouvoirs. »
Toutefois, ce monopole est remis en cause par l?Europe.
Plus précisément, c?est ce qui permet de qualifier les rapports entre les pouvoirs.

Légitimité : un crime devient politique à partir du moment où il est légitimé.
M. Weber : pourquoi obéit-on aux ordres ? Il y a plusieurs raisons : la peur de la sanction ; l?habitude, la passivité. Le plus souvent, celui qui donne l?ordre a une certaine légitimité.
Qu?est ce qui rend un ordre légitime ?
Typologie de l?autorité politique.gitimité.
Qu?est ce qui rend un ordre légitime ?
Typologie de l?autorité politique :
Légitimité traditionnelle : exemple de la monarchie absolue. Le roi est légitime car il est le fils du roi.
Légitimité charismatique : le chef a des caractéristiques propres.
Légitimité légale et rationnelle : elle domine nos sociétés modernes. Exemple des impôts, qui sont une participation aux dépenses collectives.

Le principal défaut de ce classement réside dans la nature même de la typologie : chaque cas se rapproche plus ou moins d?un de ces types. Le politique est donc un mélange.
« Un pouvoir est politique lorsqu?il est tenu pour légitime. » M. Duverger.
« Le pouvoir, c?est la gestion légitimée de la force. » Ballandier.

2) Proposition d?éléments de définition à partir de trois notions clés.
La régulation des conflits comme effet.
Dans toute société, il y a des conflits. Et s?ils sortent d?un certain cadre, la société est menacée dans son existence. (courant fonctionnaliste) Il vaut mieux dire que l?on observe des processus qui traitent la conflictualité et qui visent à la réduire.
Le faux débat de l?ordre ou du conflit : certains pensent que tout est conflit et donc que le rôle de la société est de mettre de l?ordre, et vice versa. On se contentera d?observer objectivement. Siemmel montre comment le conflit contribue à l?ordre : c?est dans le conflit que les individus se socialisent.
Le traitement de la conflictualité autre que violent

Je suis désolé, il doit me manquer une feuille puisque je n?ai qu?une seule notion-clé.
(à moins que ce ne soient les deux points qui suivent?)

La notion de domination comme fondement : il y a domination quand il y a inégale répartition des ressources. (cf. Bourdieu)
La légitimité de la classification et rangement : être en situation de classer, c?est être en situation de pouvoir.

L?intertraduction des clivages :
Le découpage : la dialectique de l?union et de la division, de la cité et des partis. La cité est le cadre dans lequel s?effectue la régulation des conflits. Politiser, c?est opérer une intertraduction entre les clivages.
La construction d?une conflictualité élargie.

Mais que fait la polis ? Plus largement, on dira que le politique est l?ensemble des processus de construction de la cité.


Chap1 Les techniques de la sociologie politique.
Pour aborder un problème sous l?angle de la sociologie politique, on adopte une approche problématique : on part d?un acquis. On se pose un ensemble de questions cohérentes qui constituent les hypothèses. Il faut par ailleurs procéder avec méthode, ce qui implique la mobilisation de concepts, de modèles, ainsi que le choix de techniques : heuristiques, didastiques, voire stratégiques (trouver, montrer, influencer)
On ne se penchera dans ce cours que sur les techniques heuristiques. Il ne faut pas oublier les techniques de production ou de traitement des données (primaires ou secondaires)
On observera trois classements : entre enquête exhaustive et partielle, entre qualitative et quantitative, et enfin entre passive et réactive.


I)Enquêtes exhaustives ou partielles : observer le tout ou la partie.
Si l?étude n?est pas techniquement et financièrement réalisable sur l?ensemble de la population , on procède à une restriction, mais celle-ci doit être représentative.

1)L?enquête exhaustive.

L?étude de cas ou monographie.
Elle apporte une connaissance sur un problème donné.


L?analyse comparée.
On mène la même enquête, mais dans d?autres catégories, puis on compare les résultats. Cela permet de donner une autre dimension à l?enquête. Elle ne porte que sur un petit nombre de cas. Les cas sont choisis de manière à avoir assez de choses en commun mais aussi une distinction réduite. (il faut comparer ce qui est comparable) On peut procéder à des comparaisons dans l?espace ou le temps. Le plus souvent, on utilise ce type d?analyse pour les comparaison entre pays.


2)L?enquête par sondage.
On parle de sondage quand l?observation de la partie renseigne sur le tout. Une enquête n?est pas forcément un sondage et réciproquement.

Construction d?échantillon et appréciation de la validité des échantillons.
La méthode aléatoire : elle repose sur le hasard et la loi des grands nombres. C?est la meilleure formule au plan de la rigueur scientifique. Plus l?échantillon est grand, plus il est représentatif. Toutefois, l?application pose problème car il n?existe pas de liste exhaustive de la population, et l?accès aux listes existantes se révèle difficile.
La méthode des quotas : elle est possible car on dispose de certaines connaissances : on sait qu?il existe des paramètres déterminants comme l?âge, le sexe, la profession, ? On répartit les personnes interrogées selon quatre ou cinq de ces variables déterminantes. Il faut que la population ait la même répartition. En principe, les résultats sont fiables.

La mesure de la validité.
On ne peut être totalement certain de la conformité des résultats avec la population totale.
Coefficient de sécurité : pourcentage qui indique la probabilité que le résultat soit valable.
La marge d?erreur.
Remarque : Plus on veut un coefficient de sécurité fort, plus la marge sera forte. Ce jeu dépend de la taille de l?échantillon : plus il est important, plus la marge d?erreur diminue.
Le gain de validité n?est pas proportionnel à l?augmentation de la taille de l?échantillon. Jusqu?à 1000, les gains sont importants et plus rentables. A 1000, les résultats sont fiables pour des questions simples, en revanche pour réaliser un tri croisé, il faut un échantillon de 4000 personnes.

II)Enquêtes qualitatives et enquêtes quantitatives

L?opposition est simple :
Enquête quantitative : l?étude porte sur des grands nombres, nous sommes en présence d?une population au sens statistique. Un questionnaire assez rapide mais à beaucoup de gens.
Enquêtes qualitative : l?étude porte sur un nombre restreint d?individus, mais c?est une étude détaillée, précise, nuancée, longue.
On choisira l?une ou l?autre selon :
ses objectifs : par ex. si l?objet de l?enquête sont les intentions de vote aujourd?hui pour les présidentielles, il est préférable de choisir une enquête quantitative (nb standard de pers interrogées pour une enquête quantitative :1 millier.)
ses moyens : selon si l?on a des crédits suffisants ou pas. L?enquête qualitative est parfois perçue comme une enquête au rabais, soit parce qu?on n?a pas les moyens de faire du quantitatif qui coûte + cher, soit parce qu?on ne sait pas faire du traitement de données statistiques. Depuis quelques années, les sciences sociales revalorisent le qualitatif.

A.des contraintes inégales

Dans une enquête qualitative, on a « beaucoup sur peu » : essayer de faire parler le + possible la personne, il peut arriver que la personne interrogée livre vraiment ses idées/opinions sur tel sujet.
Dans une enquête quantitative, on a « peu sur beaucoup » : essayer de poser des questions claires afin d?obtenir des réponses claires pour pouvoir classer la personne dans telle catégorie.

B.des usages différents et complémentaires

Enquêtes qualitatives : ont pour but de « repérer des formes » i.e., des comportements. Ex. des abstentionnistes, qui ne votent pas soient car sont dégoûtés de la politique ou car il a jamais su quoi voter?2 comportements différents dans lesquels on ne pourra pas préciser les effectifs mais au moins 2 types de comportements.
2 types de classements :
la catégorisation : chaque individu doit trouver sa place dans une catégorie et dans une seule, la catégorie est exhaustive.
La typologie : chaque individu se situe à un endroit qui se rapproche plus ou moins de tel grand type de personne.
Dans une analyse qualitative on distingue donc quelques cas de figure.

Enquêtes quantitatives : ont pour but de « mesurer des fréquences » en %.(existence des fréquences associées qui permettent d?aller vers des possibilités d?explication.)
Ici, il faut faire la distinction entre données individuelles et données agrégées.
Données agrégées : en France, au début du XX ème siècle, on a commencé à étudier les résultats des élections par la cartographie électorale. On mettait en relation des régions et des hommes par le biais des données agrégées. Mais ce genre de raisonnement est dangereux car il risque d?être fallacieux. On a montré que ces résultats pouvaient être diamétralement opposés selon l?unité d?analyse choisie par ex. si l?on étudie le vote sur les cantons ou sur les départements.
Données individuelles : la sociologie électorale a fait de nombreux progrès quand les enquêtes ont été réalisées par questionnaires ou par sondages car ils sont réalisés grâce à des données individuelles. Le seul problème est que celles-ci rapportent ce que les gens disent de leur vote et non ce qu?ils votent exactement.

III)Enquêtes passives et enquêtes réactives

Pour savoir ce que vote quelqu?un, soit on l?observe (dans l?isoloir donc on observe ce qui est mais c?est souvent une hypothèse impossible), soit on lui demande (donc on observe la réponse à la question et on crée ce qu?on observe) mais on ne peut pas être sûr de la réalité. Il y a donc plusieurs analyses possibles.

A.L?analyse documentaire (là où l?on est le plus passif)
Elle consiste à observer les objets étudiés (des bulletins de vote, des bâtiments?) en travaillant sur des interactions objectivées (=des interactions entre individus), donc ce qu?on observe sont des traces d?interactions entre individus.

B.L?analyse non participante
Elle consiste à être là où les interactions se passent et à observer, regarder, écouter pour pouvoir en rendre compte ; on est donc dans une position de « voyeur ».
L?observation peut ainsi être non su des observés :l?avantage est que ce que l?on observe est la réalité, par contre l?inconvénient est que l?on ne sait que très peu de chose de l?observé puisqu?on ne lui pose aucune question.
L?observation peut être su par les observés : le risque est qu?ils se conduisent différemment parce qu?ils savent qu?ils sont observés mais généralement, après un moment, on peut remarquer qu?ils oublient la présence de l?observateur.

C.l?observation participante
Les observés savent qu?il y a un observateur mais celui-ci s?intègrent au groupe ; c?est la technique utilisée par l?ethnologue. Les avantages de cette technique sont de pouvoir comprendre une réalité différente de la notre, c?est une étude de la globalité car elle ne cherche pas à étudier tel comportement mais une société dans sa logique globale.
Depuis quelque temps, l?ethnographie s?est développée et permet d?étudier l?ethnologie dans un autre contexte, par ex. en sociologie politique.(ex. Jours tranquilles en 1989) c?est une technique utile qui a comme avantage de recueillir une multitude de renseignements mais qui pose toutefois des problèmes car on ne peut pas être sûr que ce que l?on a vu n?est pas biaisé par notre participation.
L?ethnométhodologie est une forme d?observation très participante, qui peut aller jusqu?à la conversion ; l?observateur, pour mieux comprendre, se transforme lui-même comme membre de la société/population étudiée. Ex. vivre une vie d?ouvrier pendant plusieurs mois.

IV)l?entretien

l?appellation d?entretien désigne le fait d?avoir avec l?observé une conversation relativement longue, et qui a pour principale caractéristique le fait d?être libre car l?interrogé a la possibilité de dire ce qu?il veut. Plusieurs forme d?entretiens :
Entretien non directif : grande liberté de l?enquêté
Entretien semi-directif :l?enquêteur intervient souvent pour ramener l?enquêté dans le sujet de l?enquête. c?est la méthode la plus utilisée car elle permet un compromis entre nécessaire liberté de l?enquêté et nécessité d?être conforme au programme qu?on s?est fixé.
Entretien individuel : à ce moment là, veiller à ce qu?il soit vraiment individuel (une femme peut répondre différemment en présence de son mari)
Entretien collectif :permet de faire réagir les gens entre eux, de les confronter à des personnes d?un autre métier, d?une situation social différente. Ces entretiens sont souvent utilisés car ils ne sont pas très chers, sont peu compliqués?Par contre, il faut veiller à ne pas déduire ce que l?on ne peut pas en déduire et à ne pas faire à partir des résultats des généralisations.

V)l?enquête par questionnaire

L?avantage du questionnaire se comprend surtout en terme de coût mais ses inconvénients tiennent en l?imposition d?une problématique donnée (par ex. êtes-vous pour ou contre le quinquennat ? il est possible que les gens n?y ait jamais pensé ou qu?il ignore tout du sujet, or en quelques minutes, ils sont sommés de donner leur avis).
Il existe différentes formes de questions :
question fermée : réponse par oui ou non
question préfermée : choix entre plusieurs réponses
question ouverte : laisse une réponse libre, dans des limites de temps ou de place. Elle se rapproche un peu de l?entretien approfondi, mais elle est beaucoup plus coûteuse, compliquée, donc peu de questions ouvertes dans les questionnaires.

Il faut prendre en compte différentes stratégies pour effectuer un entretien :
qu?est-ce que je veux savoir, qu?est-ce que je cherche ?
qu?est-ce que je peux savoir ?
et d?ici, plusieurs problèmes peuvent se poser :
ce que je veux savoir, celui que j?interroge n?est pas en mesure de me le dire.
L?interrogé peut ne pas vouloir/savoir répondre.
Il faut aussi savoir jouer sur la formulation des questions et ne pas commencer par des questions trop pointues :personnelles au début.

Il existe par ailleurs 2 types de questionnaires :
Le questionnaire auto-administré : rempli par l?intéressé lui-même (avantage : pas d?enquêteur à payer ; inconvénients :on ne sait pas qui à répondu + empêche certaines stratégies car la personne a l?intégralité du questionnaire devant les yeux).
Le questionnaire administré : effectué par un enquêteur à domicile ou par téléphone ; il a toutefois un coût?


VI)l?intervention

C?est une technique qui tout à la fois cherche à observer, à décrire ce qui existe et en même temps qui cherche à modifier la réalité observée.(contraire de la démarche scientifique).
Elle a commencé aux USA au début du XX ème siècle avec l?école de Chicago au moment où les sociologues ont commencé à s?intéresser aux quartiers noirs. De plus, cette technique va essayer de résoudre certains problèmes et de modifier la réalité dans un but d?amélioration. C?est une « recherche-action » dans la mesure où l?on est à la fois chercheur et intervenant.
Alain Touraine (sociologue français contemporain) met au point une technique nouvelle : le groupe d?intervention social. Au départ cette technique consiste en un entretien collectif et l?on essaye de modifier la réalité les gens ressortent en ayant avancer sur une question donnée.

VII)L?expérimentation

Dans ce cas, les sciences sociales empruntent une technique courante dans les sciences de la Nature et de la Vie. C?est à dire que l?on crée une situation artificielle (inconvénient) dont on maîtrise tous les paramètres (avantage) puis on observe quelles sont les caractéristiques de la situation, et ce qu?elle produit comme effet.(méthode utilisée la première fois par Claude Bernard). Dans les sciences sociales, cette méthode est peu utilisée car toute observation réalisée sur une réalité artificielle court le risque de ne pas être conforme à la réalité + méthode qui coûte cher + l?humain a une délicate position de cobaye.
Donc on utilise plutôt la méthode comparative qui peut donner des résultats du même type car on attend que la situation escomptée se produise par elle-même et on va la comparée.
En sociologie politique, on utilise l?expérimentation surtout pour des études de marketing. Par ex. on étudie l?effet produit par une publicité sur le comportement des gens. ( cette méthode est utilisée particulièrement aux USA où il est autorisé de faire des publicités politiques négatives donc utilisées en période de campagne ; les résultats ont montré que ce genre de publicités étaient favorables aux challengers critiquant le candidat sortant mais que le candidat sortant n?a pas intérêt à faire de la publicité négative).


Conclusion

On dispose d?une gamme diversifiée de techniques. Pour choisir, il fait tenir compte de 3 paramètres :
L?opportunité : quelle technique convient le mieux à ce que je cherche ?
La rentabilité : quelle technique fournit le meilleur rapport avantage/prix ou coût/bénéfices ?
La représentativité : quelle technique me permettra de coller le mieux possible à la réalité ?

Chapitre 4 La description statistique du comportement politique.

Cette description se fait en deux temps : mesures globales puis inégale distribution sociale.

I/ La mesure du comportement politique.
1.La rareté de la participation politique.

A.La rareté de moins en moins méconnue de la participation électorale

La sociologie politique électorale va à l?encontre de la croyance selon laquelle la plupart des gens voteraient. Plusieurs catégories de citoyens :
Les électeurs potentiels : nationalité française, plus de 18 ans, à eux on oppose les non électeurs. Les potentiels ne sont pas forcément inscrits.
Les inscrits : ceux qui vont voter et ceux qui n?y vont pas. L?absentéisme est différent de l?abstentionnisme.
Les votants. Il y a ceux qui votent à droite ou à gauche. Ceux qui choisissent une personne plutôt qu?un parti donc le suffrage exprimé est différent du suffrage blanc ou nul. Dans la publication des résultats on confonds blanc et nul. Certains militent donc pour la valorisation des bulletins blancs car on peut être bon citoyen et ne pas trouver son bonheur.

Pour le référendum de septembre 2000 sur le quinquennat ce sont seulement 10 millions de personnes qui on dit oui ou non. Ne jamais oublier les non inscrits.

L?abstention d?une manière générale et sur une longue période est plutôt importante. Il y certes des scrutins phares du type présidentielles depuis 1962 tout comme les cantonales. D?une manière générale on vote quand on a l?impression que les gens pour qui on vote auront du pouvoir. Pour les législatives les taux peuvent varier. La mobilisation dépend du scrutin de la conjoncture et de la fréquence des scrutins. Plus il y a d?élections moins on vote.
Y a-t-il plus d?abstention aujourd?hui ? La réponse est difficile. Il est difficile de comparer les chiffres car les caractéristiques conjoncturelles varient tout le temps. On peut observer une tendance globale : l?abstention augmente La raison principale serait le nombre croissant d?élections.

B.La rareté des autres formes de participation politique.

En France en dehors des élections les autres formes de participation sont très rares.

a)les problèmes de la mesure :

Pour les partis les chiffres du nombre d?adhérents sont des enjeux de lutte politique. Ce ne sont pas ici des chiffres officiels on peut donc les remettre en cause. Tendance au gonflage.
La place des définitions. En effet chaque parti n?a pas la même façon de considérer ceux qui sont adhérents et ceux qui ne le sont pas. Est-ce avoir la carte, donner de l?argent etc. C?est la même chose pour une manifestation. Comparer donc les chiffres fournis par les organisateurs et ceux donnés par la police. Faut-il différencier ceux qui gueulent de ceux qui marchent sans rien dire. On peut penser à la manifestation pro De Gaulle en mai 68.
La mesure du problème : En France ils sont des milliers à adhérer à un parti, en Grande Bretagne ils sont des millions. Ce qui est clair c?est une évolution à la baisse.

Parti Communiste : Ils on été un million, dans les années 60 environ ½ million, fin 70?s 2700000, oct. 2001 100000, aujourd?hui on serait moins de 100000.
PS : Plus de 100000 aujourd?hui
RPR : 1997 136000 ; 1998 moins de 100000 mais en annonce plus.
UDF n?a jamais revendiqué beaucoup d?adhérents environ 70000
FN : A une époque 50000 aujourd?hui (scission avec MNR) 20000
Verts : 90?s 5000 environ autant aujourd?hui.

Au total 500000 français adhèrent à un parti donc pas plus de 1% de la population.

Pour ce qui est des manifs le nombre de personnes ayant participer à une manif au moins une fois à augmenter de puis 20 ans. 1980 50%, 1990 57%, 1999 72%.

C.La rareté évolutive des différentes formes de participation politique, trois changements.

a)Vers une participation plus directe

Elle est fondée sur le mode de l?opposition démocratie directe et représentative. Moins de confiance aujourd?hui dans la représentation et plus de confiance dans une démarche directe : la manif.

b)Vers une participation individuelle

On veut ne pas avoir l?impression d?être anonyme d?où le succès d?une organisation telle que Amnesty international qui propose d?écrire une lettre au président du pays visé pour libérer un prisonnier.

c)Participation plus sectorielle

La politisation est en baisse mais ce qui marche bien c?est l?engagement ponctuel en raison des limites temporelles. On l?observe dans la baisse du syndicalisme et augmentation des manifs spontanées (coordonnées). Par exemple baisse de membres des FCPE (parents d?élèves) mais si il se passe quelque chose ils seront là.

2.2. L?évolution des orientations politiques (deux mesures possibles.)

A.Les résultats électoraux (donnés agrégés) : volatilité croissante de l?offre et de la demande ?

a)Les résultats en voix différents des résultats en siège

2 types de résultats très différents. Dans le cas de la proportionnelle il n?y a quasiment pas de différence contrairement au scrutin majoritaire ou moxte oèu on observe des écarts.

b)Les interprétations des résultats

Rôle important des médias : en peu de temps peut s?installer une impression fausse. Si à 20h à la télé puis le lendemain dans les journaux on retrouve la même chose l?image s?installe et elle devient difficile à enlever car les leaders ne peuvent contester une défaite. Est-ce que la distribution globale des orientations est stable ?
Le problème : o, montre qu?il y a des glissements quand on analyse, cela nous renseigne que sur une évolution globale et non sur une évolution des opinions des individus car un parti qui perds et gagne un nombre de votes paraît stable. Est-ce que l?instabilité électorale augmente ou est ce qu?elle diminue ? La sociologie mesure volatilité des électeurs et les changements d?orientation politique d?un scrutin à l?autre. La volatilité augmente certes mais il faut nuancer :
L?instabilité qui concernerait un passage de droite à gauche et inversement est plutôt faible <10%. L?essentiel de l?instabilité électorale se situe à l?intérieur des clivages et se fait entre partis, de droite par exemple. Aussi il existe une autre forme d?instabilité, celle qui fait passer de l?abstention à la participation et inversement. L?instabilité existe mais elle a des limites.
Qu?est ce que l?instabilité ? Et surtout ne serait-ce pas les partis qui sont instables ? Elle est croissante mais à chaque fois différente. Ce ne sont donc pas que les électeurs qui sont instables.

B.Les enquêtes d?opinion : dépolitisation ?

Le comportement politique


Nous pouvons grouper les individus de différentes façons, selon différents critères.
Les scènes politiques sont multiples : la scène politique nationale n?est plus la seule pertinente, peut-être plus la principale (les décisions les plus importantes sont prises à Bruxelles). Nous allons repérer et caractériser les relations des gens ordinaires à la politique.


1)Comportement, orientation et participation politiques

Définitions

Comportement politique (behavior) : on pense à des actions ponctuelles et non à des structures mentales. Ce sont des manifestations à un moment donné dans le temps et dans l?espace.
Un comportement est empiriquement observable (une pensée n?est pas un comportement).
? Avantages : le comportement par définition s?observe, peut se mesurer, c?est qc de précis et quantifié, c?est un objet privilégié dès l?instant où l?on privilégie l?observation scientifique. On appelle cette tendance le behaviourisme.
? Limites : si l?on se tient au comportement, on va pas très loin et on est obligé de faire état d?autre chose pour l?expliquer.

2 dimensions du comportement politique : la participation et l?orientation.
La participation est la présence dans la vie politique. On va ranger derrière cette notion tous les comportements observables qui témoignent d?un intérêt, d?un engagement (de la simple lecture d?un tract à la manifestation).
L?orientation (contenu) suppose qu?il y ait participation (contenant). C?est le sens de la participation.
Quelquefois cette distinction duale est remplacée par une trilogie. On distingue la politisation--d?une grève, d?un débat? ou bien d?une personne ? et la participation proprement dite qui suppose une action plus marquée.
Limites de la distinction participation/orientation : la non-participation peut être une forme de participation et avoir une orientation. En matière électorale, cela renvoie à l?abstention de personnes intéressées au scrutin mais qui pensent que s?abstenir à ce moment est le meilleur moyen de participer. On parle d?abstentionnisme militant si il reste personnel ou de boycott électoral si il est collectif.
A l?inverse, dans certains cas la participation ne signifie pas qu?il y ait orientation. C?est le cas des gens qui votent « pour voter » parce qu?ils se sentent obligés ou redevables de le faire.

Représentation du monde social, participation et orientation

La double croyance au principe de participation politique
Elle suppose l?existence d?instances de régulation globale à un certain niveau. Jusqu?à peu, on pensait à l?Etat-Nation. Si je pense que nulle part il n?existe d?instance globale, pourquoi participer ?
Il faut aussi que j?aie le sentiment que ce que je fais ou dis peut jouer un rôle, modifier les choses, soit parce qu?on me demande de désigner le pouvoir, soit parce que je peux faire pression.

La double croyance au principe de l?orientation politique
Cela suppose que j?aie en tête l?existence un espace politique structuré. On peut avoir une dimension simple avec l?axe droite/gauche ou une vision plus complexe avec plusieurs dimensions.
Il faut aussi que je soie capable de me situer dans cet espace.
Si les 2 conditions sont remplies, alors l?orientation est possible.


2)La participation politique

Le polymorphisme de la participation politique

Il existe plusieurs formes de participation. Attention, la réalité classée ne préexiste pas au classement. On a une infinité de classements possibles. Il doit être pertinent.

Le classement dominant des formes de participation
La participation conventionnelle = conforme aux principes de la démocratie représentative. Cela signifie :
+ élire : on pense à l?acte du vote mais avant il y a aussi l?inscription sur les listes électorales, 1er acte de participation.
+ faire élire : on pense au soutien électoral, faire campagne, financer, adhérer à un comité d?organisation. Mais aussi on trouve en amont participer au processus de sélection des candidats, ou plus souple, encourager un candidat.
+ saisir l?élu : ce qui est conventionnel c?est que l?élu est libre, il n?a pas de mandat impératif. A priori, tout ce qui fait pression est non conventionnel. Il reste la pétition, l?intervention orale, informative (sans arme ni chèque), la réponse aux sondages , manière de faire savoir à l?élu qu?il y a des problèmes.
La participation non conventionnelle = ce qui n?est pas conforme à la démocratie représentative. On a toutes les actions violentes, à commencer par l?assassinat politique direct ou indirect ( i.e. pousser le candidat au suicide. Ex. de Roger Salengro, ministre de l?Intérieur sous le Front populaire et calomnié par la presse ; ou plus récemment Pierre Bérégovoy), appel à la désobéissance, à la désertion. On a aussi des actions pas contraires à la démocratie mais contraires à sa forme représentative : tout ce qui revient à court-circuiter les représentants ou faire pression sur eux, comme la corruption, le lobbying (i.e. faire les couloirs des lieux de pouvoir), les manifestations de rue ou autres types de menaces telles que les séquestrations de personnes, les occupations de locaux, les entraves à la circulation?
La distinction participation conventionnelle/non-conventionnelle pose ses limites : dans certains cas il est difficile de délimiter l?un et l?autre, notamment en ce qui concerne l?information des élus. Aussi poids des media.

Les autres critères de classement des formes de participation
le degré de violence : continuum de la pure conviction (parole, discours?) à la violence pure (menace directe?). Bien souvent les actions restent non violentes car l?une des 2 parties cède pour éviter les affrontements.
le nombre des acteurs : certaines actions sont strictement individuelles, telles que l?immolation par le feu, les opérations kamikazes, les grèves de la faim ; d?autres sont nécessairement collectives mais intégrées dans un mouvement d?ensemble, telles que le vote ou les pétitions ; d?autres encore sont strictement collectives, telles que les mouvements sociaux (en socio politique il y a une tradition de réserver la notion de mouvement social à un ensemble d?actions collectives se plaçant dans la longue durée et ayant généralement une motivation protestataire. Chazel : « une entreprise collective orientée vers le changement ». Pour Touraine le but est de contrecarrer ou susciter un changement, la référence historique absolue est le mouvement ouvrier.
l?intensité de l?engagement : on distingue la durée de l?action politique, il existe des actions à durée déterminée comme le vote ou la pétition qui prennent quelques secondes ou minutes ou encore la manif qui prend quelques heures ; et des actions à durée indéterminée comme le militantisme. On distingue aussi l?engagement limité, comme le vote, et illimité voire total dans des actions qui comportent des risques comme les grèves de la faim. L?intensité est plus ou moins grande. Les partis demandent plus ou moins d?engagement à leurs adhérents. Ex dans le maoïsme. Il est important d?amener les idées révolutionnaires dans les usines, mais les ouvriers amènent eux aussi des choses, d?où la technique de l?engagement dans l?établissement ; le jeune maoïste se fait embaucher dans des usines dures avec le travail à la chaîne, pour plusieurs mois afin de vivre comme un ouvrier, coupé de sa vie antérieure.


La polysémie de la participation politique

Pour une grande part l?efficacité de la participation réside dans la bataille du sens.

Le sens donné par le participant
Le sens donné à la participation : pour certains, on a juste une participation de principe, pour d?autres elle met en valeur leur orientation
Le sens donné à la non-participation : de l?indifférence à l?abstention motivée.

Le sens donné par le gouvernant
La qualification légale de la participation politique : les gouvernements vont pouvoir réglementer la participation. Dans certains cas, ils rendent la participation obligatoire comme l?inscription sur la liste électorale en France, même si elle n?est soumise à aucune sanction. En Belgique et en Grèce, le vote même est obligatoire sous peine d?amende. Dans d?autres cas, sans être obligatoire elle est très organisée, réglementée.
Troisième cas de figure : il n?y a pas d?obligation ni d?organisation lourde mais une protection comme le droit de pétition adressée à l?Assemblée Nationale en France (toute destruction de pétition peut être poursuivie par le tribunal correctionnel). Ou encore on tolère simplement, parfois en contradiction avec certaines interdictions. Enfin dernier cas de figure, l?illégalité est clairement prononcée et sanctionnée, comme pour l?assassinat politique.
La valorisation morale de la participation politique : exemple du vote. Selon les pays, les époques, les régimes, les discours officiels sur le vote sont différents. Pour la France, le vote est un devoir, le bon citoyen est celui qui vote et il faut le plus grand nombre de votes pour que la démocratie fonctionne bien. Pour les Etats-Unis, la vision du vote est différente, le vote est un droit et le citoyen ne vote que s?il en ressent le besoin. Un électeur sur deux ne vote pas. Dans l?ancien monde communiste, le vote est une obligation très forte organisée par le pouvoir, il faut que le plus de gens possible votent pour le parti ce qui donne des participations très élevée, de même que des résultats très probants.

Le sens donné par l?observant
La médiatisation de la participation politique : une action politique n?a d?intérêt que si elle est bien représentée par la presse. Le sens donné par la presse est capital, d?où une série de stratégies.
La sociologisation de la participation politique. Les politologues analysent et observent mais ne jugent pas. Ils font certains usages et tel ou tel sens peut être donné.


L?évolution de la participation politique

Les changements dans le temps long. Depuis un siècle on a eu deux grandes évolutions :
L?apparition d?un espace public (Jürgen Habermas) : il fut une époque où les gens n?avaient pas le sentiment de pouvoir intervenir dans le champ politique. Les actions sporadiques,,limitées sont l?expression d?un mécontentement plus que une volonté de changer les choses (« manifestations volcaniques » selon Philippe Braud). On a pas le sentiment de participer à un débat.
La pacification du politique (Norbert Elias). C?est plus récent, du début XXème. Ce processus consiste en un progressif autocontrôle individuel qui fait reculer la violence. L?essentiel est culturel et résulte de l?évolution des mentalités, l?apprentissage avec par exemple le suffrage universel qui apprit aux français à être électeurs. Le vote s?est imposé comme principal moyen pour faire avancer les idées, ce qui suppose que l?électeur puisse traduire ses craintes et ses envies au travers d?un candidat. D?autres formes de participation évoluent ; les manifestations de rue ont comme ancêtre les journées, manifestations violentes incontrôlées dont on espérait des conséquences immédiates. Aujourd?hui les manifestations sont principalement pacifistes et contrôlées et on en attend pas des résultats concrets immédiats. Il s?agit plutôt de faire des démonstrations de force et d?argumentation. Au début des années 60, à Lyon, il y avait un conflit entre la mairie et le gouvernement gaulliste, plus particulièrement Malraux. Un jour Malraux annonce sa venue à Lyon : Pradel déclare que s?il vient, il se retrouvera dans le Rhône. De telles déclarations sont impossibles aujourd?hui.

Les changements dans le temps court.
La diversification des acteurs. Depuis une trentaine d?années, on assiste à une multiplication des intervenants :
les femmes
les jeunes. En 74, le droit de vote passe à 18 ans. On est passé d?une période où l?expérience prévalait à une période où la jeunesse devient un élément de légitimité.
Les étrangers. Dans les années 70 les travailleurs immigrés commencent à manifester.
Les minorités sexuelles.
La multiplication des cibles. Avec le double processus de construction européenne et de décentralisation, les enjeux des luttes de pouvoir se multiplient.
La prolifération des enjeux. Exemple des votes sans enjeux, votes motivés par la solution à des problèmes précis apporté par les candidats comme les problèmes environnementaux, les droits de la femme? Lorsqu?en 1965, Mitterrand surprend en mettant au centre de la campagne la question de la contraception à côté d?autres enjeux.
L?élargissement du pouvoir d?action (Charles Tilly). En somme, les techniques et les outils disponibles se sont multipliés. Ils explosent petit à petit, phénomène qui tient d?une part à l?évolution même de la société (Internet, autoroutes pour pouvoir faire des barrages?) et d?autre part aux capacités d?innovation. On a vu des concerts, des marches, des pique-niques, des bains de mer, des bouquets géants ou encore des cuvées spéciales anti-Le Pen. On pet faire n?importe quoi mais faire comprendre qu?on est anti ou pro quelque chose. La technique des occupations de locaux comme action politique nous apparaît comme allant de soi mais cela n?a pas été toujours le cas. On a deux dates importantes : 1936, quand les grévistes occupèrent les usines pour la première fois, et 1968 avec l?occupation de l?Odéon. On a une modification profonde de la réalité de la participation politique.


3)L?orientation politique.

Politisation du monde ou construction politique de la réalité.

L?invention des problèmes.
La perception d?un écart. Les problèmes sont des constructions sociales, inventées par un certain nombre de gens. Cet écart réside entre la perception que l?on a de la réalité et un certain idéal.
La réductibilité de l?écart. Il faut aussi avoir le sentiment que quelque chose peut être fait, qu?il existe une solution quelque part.
L?imputation à une instance. Il faut aussi le sentiment que quelque part il y a une institution qui peut résoudre le problème, que l?on peut imputer à une institution l?application d?une solution.
La circonscription et la désignation du problème. Dès lors le problème existe.

La construction du clivage.
Il a lieu entre personnes et groupes qui ont un perception différente. Il y a deux étapes :
La hiérarchisation des problèmes. Une autorité publique ne peut pas tout faire à la fois, il faut sélectionner des problèmes, d?où la bataille de l?agenda.
L?alternative entre solutions. On a des gens qui s?opposent autour d?un clivage. Ils sont tous d?accord sur la caractérisation du problème mais il y a séparation sur les solutions à adopter. Il n?y a encore pas politisation.

La politisation des conflits.
L?élargissement de la conflictualité par intertraduction des clivages. On va faire rentrer d?autres problèmes et essayer de construire un clivage unique. Exemple pendant les campagnes électorales.
Partis et cités : la construction interactive des camps.

Les acteurs de la construction politique de la réalité.
Dimension cognitive et stratégique de la chose. On est d?autant plus fort qu?on a des alliés.
Politisation ordinaire et politisation professionnelle.



II) L?inégale distribution des comportements politiques.

1)Les variables « biologiques ».

L?âge (et âgisme) :
Ce n?est pas l?âge en tant que tel qui importe, mais les positions sociales qui s?y rattachent.
Age, participation et orientation.
Les renseignements à ce sujet sont fournis par les registres électoraux et des enquêtes. La participation est généralement faible. Elle augmente avec l?âge et semble retomber en fin de vie, même si cette dernière tendance est à nuancer.
Mais il se pose un problème : le calcul de l?abstention se fait par rapport aux inscrits. Si dans une catégorie ce nombre est faible, le taux d?abstention peut être faible et sera en réalité trompeur.
Orientation : Le vote chez les jeunes est nettement plus à gauche que celui de leurs aînés. Toutefois, l?examen des scrutins révèle quelques exceptions : en 1995 par exemple, Chirac arrivait en tête chez les jeunes (nombre d?entre eux n?avaient connu que le socialisme). De même, dans les années 90 avec le vote d?extrême droite (qui n?est jamais arrivé au pouvoir). Ce qui fait la spécificité de l?orientation des jeunes, c?est le changement. En général, c?est la gauche qui incarne le changement, sauf dans certaines conjonctures.
L?affirmation « les jeunes votent plus à gauche » ne reflète pas un phénomène biologique, mais des réalités sociales.

Age, génération, période.
Quelque soit la période, on retrouve la même orientation politique : à 20 ans, on vote à gauche.
Phénomène de génération : ceux qui sont nés dans les années tant ont le même comportement.
Phénomène de période : il n?y a pas nécessairement de distinctions par rapport aux autres classes d?âge.

Effets de distribution et effets de composition : âge et cycles de vie.
Des paramètres ayant une influence sociale entrent ici en ligne de compte : le niveau de revenu, de patrimoine, la place dans la hiérarchie (un peu moins que les autres), le niveau d?études généralement plus élevé chez les jeunes, ?
Le vote est conforme à la place dans la société. Il faut prendre en compte les effets de composition.


Sexe (et sexisme) :
Sexe participation et orientation.
Les femmes votent pour la première fois en 1945. Pendant la période qui suit, on observe un fort taux d?abstention. En revanche, dans la période récente, la tendance est à l?égalisation, mais lorsque le taux d?abstention est fort lors d?un scrutin, il l?est particulièrement chez les femmes.
Pendant plusieurs décennies, les femmes ont majoritairement voté à droite. Récemment, les proportions sont sensiblement identiques chez les femmes et hommes, avec même une certaine inclination pour les femmes à voter davantage à gauche.

Sexe et genre.
On a comparé les hommes et femmes exerçant une activité professionnelle avec les femmes au foyer. On constate que les femmes exerçant une activité professionnelle ont un comportement électoral proche de celui des hommes.

Race (et racisme) :
Peu de travaux en France traitent de ce sujet car il y a peu de distinction « raciale » dans l?électorat français, et parce qu?envisager une telle distinction va à l?encontre de la tradition républicaine. Aussi l?essentiel des travaux a été réalisé aux Etats-Unis.
Les noirs s?abstiennent davantage que les blancs, et ils votent massivem
Par commission pédagogique - Publié dans : 1ere année
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Vendredi 31 mars 2006 5 31 /03 /Mars /2006 10:52
Sociologie politique

I.Introduction

Petite idée de la logique du cours : la sociologie politique comporte un certain nombre de thèmes qu?il faut évoquer et pour cela on partira du citoyen de base, en étudiant le rapport qu?ils entretiennent avec la politique, tout ce qui relève de la participation politique, pour aller vers de thèmes qui sont au c?ur de la politique : c?est une démarche centripète.
On partira des mots. Les mots « politique » qui sont au nombre de 3 et sont marqués par une forte polysémie. On étudiera des mots voisins dont l?évocation peut être utile. C?est généralement à travers le mot politique que l?on trouve l?objet de la science politique.

II. L?étymologie

Le mot « politique » trouve son origine dans le mot « polis ». L?étymologie a aujourd?hui mauvais presse car on en a longtemps fait mauvais usage, on a crut qu?elle révélait le sens, le seul, l?unique, le vrai. (Ethymos en grec = vrai) En fait l?étymologie nous révèle une histoire, une évolution. L?histoire d?un mot nous aide à comprendre le sens actuel, à suivre la filiation qui a fait évoluer un mot.

1.Le mot « Polis »

Il s?exprime autour de 3 notions :
La ville, l?ensemble matériel avec des maisons. Puis cela est devenu l?agglomération, la région puis finalement cela est devenu un rassemblement physique d?êtres humains sur un territoire.
Aspect d?organisation dans l?espace, au sens d?un échiquier.
Idée d?organisation de cette ville, de cette région. Cela va finir par désigner toute société humaine organisée.
Les mots dérivés sont (on les trouve dans des essais politiques) :
polités = un citoyen mais dans une sens politiquement plus fort qu?un simple habitant
politékos = adjectif, ce qui concerne le citoyen
politiké (tekné) = l?aort de gérer la cité
Poliarkos = chef d?une ville
Polistés = polistés = le fondateur d?une ville
Politéria = la qualité de citoyen, le système de gouvernement

2.La famille étymologique

a) Les mots pour dire la ville :

l?acropole d? « akron » = ville du haut / la nécropole de « nekros » = la ville des morts / la métropole de « meter » = la ville mère / La mégalopole de « megas » = la très grande ville / la technopole de « teckné » = = zone de haute technologie / La policlinique = une clinique de ville à l?origine.
Il y a quelques toponymes : Antipolis = Antibes ; Naples = Néa Polis

b) Les mots pour dire l?organisation

Cosmopolite, le cosmopolitisme de « cosmos » (univers) renvoie à l?idée de citoyen du monde / la police = le gouvernement en ancien français, et de gouvernement on est passé à l?un des objectifs de ce gouvernement : maintenir l?ordre, le sens intermédiaire existe aujourd?hui lorsqu?on parle par exemple de police de débit de boisson / La politie qui a donné en anglais polity = régime politique / Quelqu'un de policé est quelqu'un de poli de civilsé / le ou la poliste : c?est une guêpe dont le nid est compliquée.

3.La fausse famille étymologique de politique

Un mot pour dire la preuve : la police d?assurance cela vient d?épolétis = la preuve / Etre poli, c?est quelqu'un de lisse cela vient du verbe polir / monopole / Un polisson = un vendeur irrégulier / le pôle = c?est l?idée de tourner.

III.Les dérivés

Le français a construit toute une série de mot :

1.L?action politique
Le politicien : L?acteur professionnel du jeu politique mais on dit aussi le politicard, le politicaillon, le politicailleur, la politicaille, la politicaillerie, les verbes politiquer et politicailler
Citations :
Georges Levage ( politologue notoire) : « l?homme politiquant »
Jeannette Thorez Vermeersch : « c?est un politicien de politicaillerie » à propos de François Mitterrand. La prégnance d?une représentation péjorative de la politique. Le fait culturel et le fait conjoncturel. Les politiciens multiplient les efforts pour essayer de montrer qu?ils ne sont pas comme les autres, c?est pourquoi les hommes politiques ont tendance à montrer que les politiciens sont bien ce quel es citoyens pensent qu?ils sont sauf bien sur eu-même.
Raymond Barre : « Le microcosme » le monde politique est un tout petit monde où les gens s?entendent.
Michel Rocard : « le parler vrai »
Edith Cresson : « le parler cru »
Charles de Gaulle : « les polis, petits chiens »
Jean-Marie Le Pen : « la Bande des quatre »
« ni à gauche, ni à droite, ailleurs »

2.L?analyse de la politique
La politologie, les politologues et les politistes (synonymes) font de la politologie.
La géopolitique et les géopoliticiens
Le politologue sont ceux qui voient la question d?un point de vue pratique et concret, on a pris l?habitude d?appeler politologue ceux qui travaillent dans un institut de sondage, d?où le fait que certains préfèrent se faire appeler politistes.

3.La relation à la politique
Le verbe politiser et le mot politisation. On aurait commencer à utiliser ces mots à la fin des années 1940 à propos des grandes grèves de 1947. On voulait dire qu?on était passé d?une revendication sectorielle à des considérations beaucoup plus larges comme par exemple contre l?impérialisme américain. La politisation, c?est donc cet élargissement. On a parlé de syndicats politisés en parlant de la CGT, on a accusé JP Sartre de produire une littérature politisée. On parle de manifestations politisées mais aussi et surtout de personnes politisées ou dépolitisées.
L?extériorité :
Apolitisme et apolitique (vocabulaire prisé par des candidats aux élections locales, un maire se présente comme apolitique, il ne désigne pas d?adversaires. Impolitique et impolitiquement

IV. L?adjectif

Il vient de politikos via le latin politicus. Il ya une dynamique qui relie les deux sens entre eux.

Le cinétisme de la polysémie de l?adjectif « politique »
D?abord qui a trait à la cité, à la société organisée pacifiquement.
Le gouvernement de la cité : on parle de régime politique, des institutions politiques
Sens plus précis : est politique ce qui a trait au combat pour gouverner la cité. C?est le sens le plus courant ? la vie politique, le parti politique
Cela peut vouloir dire habile, adroit exemple : traiter un problème politiquement

V. Le nom féminin
La politique vient de politiké par le latin politice. Sa polysémie est essentiellement duale.

1.La politique comme art de gouverner (aujourd?hui plus utilisé)
2.LA politique domaine (politics)

Il désigne un lieu, des lieux ou un champ (P. Bourdieu) : on désigne un certain type de lutte, d?enjeu, de règles, de pré-requis, une certaine structuration sociale.
Philippe Braud : « la scène où s?affrontent les individus, les groupes en compétition autour du pouvoir de monopoliser la coercition »
Jean Lecas : « Une relation sociale devient politique si elle réussit à forcer l?entrée du système politique »
La connotation ambivalente : faire de la politique est à la fois noble, nécessaire et peu recommandable. Edouard Herriot : « Ce manège incertain, de ruses, d?intrigues et de fourberies que nous décorons du beau nom de politique »
FM : « Ce que l?on a coutume d?appeler politique n?est que le catéchisme de la combine et du maquignonnage »

3. la politique programme (une politique, des politiques)
En anglais policy. Le choix imputé et la cohérence revendiquée. Exemple : politique scolaire, économique. Ce sont des dirigeants qui font des choix qui se traduisent par des décisions, des actes ou des paroles.
Ces choix sont présentés comme étant cohérents. L?analyse de politiques publiques est devenue une science nouvelle et importante. Avant la sociologie politique n?étudiait pas les décisions des politiques. Dans politique il y a toujours l?idée de choix. « Gouverner c?est choisir » PMF.

VI. Le nom masculin : le politique (substantivation de l?adjectif)
1.Un politique désigne une personne : un homme politique
2.Le politique comme objet d?étude

La sociologie du politique est-elle différente de la sociologie politique ?
La distanciation de l?objet dans une visée méthodologique de scientificité. Affichage de volonté scientifique lorsqu?on parle du politique plutôt que de la politique, cela place l?objet dans une démarche scientifique ? neutralité axiologique, hors des opinions, des intérêts, on étudie ce qui est. On met en place un processus de recherche, une méthode de travail, cela se passe dans le cadre d?une communauté scientifique.
L?extension de l?objet dans une visée anthropologique (démarche qui vise à chercher une solution viable dans beaucoup de société) ? dire des choses qui sont valables le plus largement possibles.
L?extension dans le temps : le politique avant le politique
L?extension géographique : le politique sans le politique
L?extension dans l?espace social : homologies et interdépendances
La politique comme forme du politique reconnue comme tel.
La politique c?est la forme contemporaine du politique.
On va partir à la recherche de phénomènes sociaux qui ressemble à la politique ou qui sont lui sont interdépendants
Georges Ballandier : « L?essence même du politique sous la diversité des formes qui le manifestent «
Jean Lecas : « Le politique fonctionne d?autant mieux, qu?il se dispenser de passer les feux de la rampe de la politique officielle. »
Patrick Lecante « Ce qui est codé comme tel »


VII : L?objet de la sociologie politique.
1)Les définitions traditionnelles.
La politique, c?est l?Etat.
Avantage : c?est une définition formelle qui renvoie plus au contenant qu?au contenu. D?autre part, elle est simple car tout le monde sait ce qu?est l?Etat.
Inconvénients :
L?Etat n?a pas toujours d?existence, c?est une réalité fondamentalement européenne. Ce n?est qu?au vingtième siècle que la notion s?est répandue dans le monde. Mais cette réalité pose de plus en plus de problèmes. (ex : prise d?importance des ONG, FMN, ? dans les relations internationales.
D?un point de vue juridique, l?Etat, c?est ce que définissent les textes. En quelque sorte, l?Etat s?auto définit, se donne l?image qu?il veut diffuser.
A trop se focaliser sur l?Etat, la science politique est tombée dans une relation trop mondaine.

L?Etat, c?est la collectivité publique qui représente la nation. Mais on ne doit pas se restreindre à se cadre : il faut l?élargir aux collectivités territoriales, à l?Europe, au monde.


Le politique, c?est le pouvoir.
La perception de l?acception du terme pouvoir a évolué : on est passé d?une vision du pouvoir comme ressources possédées par certains, donc parfaitement localisable, a une vision interactionniste qui met en exergue les relations sociales. Le pouvoir est une réalité instable, constituée.
P. Braud : « le pouvoir gît dans l?interaction »
Selon la définition de R. Dahl, le pouvoir est la capacité pour un individu A d?obtenir que B fasse quelque chose qu?il n?aurait pas fait sans A. Ce sont donc des relations inégalitaires.

Le pouvoir d?Etat, ou le monopole de la production d?injonctions légitimes.
On caractérise ce qui se passe au niveau de l?Etat : ce dernier produit des règles assorties de sanctions (règles juridiques). Il y a monopole car l?Etat exerce cette contrainte et prétend être le seul à pouvoir le faire. Or de nombreuses personnes peuvent édicter des règles assorties de sanctions. Mais c?est toujours par délégation de l?Etat.
P. Braud : « le pouvoir politique, c?est le pouvoir des pouvoirs. »
Toutefois, ce monopole est remis en cause par l?Europe.
Plus précisément, c?est ce qui permet de qualifier les rapports entre les pouvoirs.

Légitimité : un crime devient politique à partir du moment où il est légitimé.
M. Weber : pourquoi obéit-on aux ordres ? Il y a plusieurs raisons : la peur de la sanction ; l?habitude, la passivité. Le plus souvent, celui qui donne l?ordre a une certaine légitimité.
Qu?est ce qui rend un ordre légitime ?
Typologie de l?autorité politique.gitimité.
Qu?est ce qui rend un ordre légitime ?
Typologie de l?autorité politique :
Légitimité traditionnelle : exemple de la monarchie absolue. Le roi est légitime car il est le fils du roi.
Légitimité charismatique : le chef a des caractéristiques propres.
Légitimité légale et rationnelle : elle domine nos sociétés modernes. Exemple des impôts, qui sont une participation aux dépenses collectives.

Le principal défaut de ce classement réside dans la nature même de la typologie : chaque cas se rapproche plus ou moins d?un de ces types. Le politique est donc un mélange.
« Un pouvoir est politique lorsqu?il est tenu pour légitime. » M. Duverger.
« Le pouvoir, c?est la gestion légitimée de la force. » Ballandier.

2) Proposition d?éléments de définition à partir de trois notions clés.
La régulation des conflits comme effet.
Dans toute société, il y a des conflits. Et s?ils sortent d?un certain cadre, la société est menacée dans son existence. (courant fonctionnaliste) Il vaut mieux dire que l?on observe des processus qui traitent la conflictualité et qui visent à la réduire.
Le faux débat de l?ordre ou du conflit : certains pensent que tout est conflit et donc que le rôle de la société est de mettre de l?ordre, et vice versa. On se contentera d?observer objectivement. Siemmel montre comment le conflit contribue à l?ordre : c?est dans le conflit que les individus se socialisent.
Le traitement de la conflictualité autre que violent

Je suis désolé, il doit me manquer une feuille puisque je n?ai qu?une seule notion-clé.
(à moins que ce ne soient les deux points qui suivent?)

La notion de domination comme fondement : il y a domination quand il y a inégale répartition des ressources. (cf. Bourdieu)
La légitimité de la classification et rangement : être en situation de classer, c?est être en situation de pouvoir.

L?intertraduction des clivages :
Le découpage : la dialectique de l?union et de la division, de la cité et des partis. La cité est le cadre dans lequel s?effectue la régulation des conflits. Politiser, c?est opérer une intertraduction entre les clivages.
La construction d?une conflictualité élargie.

Mais que fait la polis ? Plus largement, on dira que le politique est l?ensemble des processus de construction de la cité.


Chap 2 Les techniques de la sociologie politique.
Pour aborder un problème sous l’angle de la sociologie politique, on adopte une approche problématique : on part d’un acquis. On se pose un ensemble de questions cohérentes qui constituent les hypothèses. Il faut par ailleurs procéder avec méthode, ce qui implique la mobilisation de concepts, de modèles, ainsi que le choix de techniques : heuristiques, didastiques, voire stratégiques (trouver, montrer, influencer)
On ne se penchera dans ce cours que sur les techniques heuristiques. Il ne faut pas oublier les techniques de production ou de traitement des données (primaires ou secondaires)
On observera trois classements : entre enquête exhaustive et partielle, entre qualitative et quantitative, et enfin entre passive et réactive.


I)Enquêtes exhaustives ou partielles : observer le tout ou la partie.
Si l’étude n’est pas techniquement et financièrement réalisable sur l’ensemble de la population , on procède à une restriction, mais celle-ci doit être représentative.

1)L’enquête exhaustive.

L’étude de cas ou monographie.
Elle apporte une connaissance sur un problème donné.


L’analyse comparée.
On mène la même enquête, mais dans d’autres catégories, puis on compare les résultats. Cela permet de donner une autre dimension à l’enquête. Elle ne porte que sur un petit nombre de cas. Les cas sont choisis de manière à avoir assez de choses en commun mais aussi une distinction réduite. (il faut comparer ce qui est comparable) On peut procéder à des comparaisons dans l’espace ou le temps. Le plus souvent, on utilise ce type d’analyse pour les comparaison entre pays.


2)L’enquête par sondage.
On parle de sondage quand l’observation de la partie renseigne sur le tout. Une enquête n’est pas forcément un sondage et réciproquement.

Construction d’échantillon et appréciation de la validité des échantillons.
La méthode aléatoire : elle repose sur le hasard et la loi des grands nombres. C’est la meilleure formule au plan de la rigueur scientifique. Plus l’échantillon est grand, plus il est représentatif. Toutefois, l’application pose problème car il n’existe pas de liste exhaustive de la population, et l’accès aux listes existantes se révèle difficile.
La méthode des quotas : elle est possible car on dispose de certaines connaissances : on sait qu’il existe des paramètres déterminants comme l’âge, le sexe, la profession, … On répartit les personnes interrogées selon quatre ou cinq de ces variables déterminantes. Il faut que la population ait la même répartition. En principe, les résultats sont fiables.

La mesure de la validité.
On ne peut être totalement certain de la conformité des résultats avec la population totale.
Coefficient de sécurité : pourcentage qui indique la probabilité que le résultat soit valable.
La marge d’erreur.
Remarque : Plus on veut un coefficient de sécurité fort, plus la marge sera forte. Ce jeu dépend de la taille de l’échantillon : plus il est important, plus la marge d’erreur diminue.
Le gain de validité n’est pas proportionnel à l’augmentation de la taille de l’échantillon. Jusqu’à 1000, les gains sont importants et plus rentables. A 1000, les résultats sont fiables pour des questions simples, en revanche pour réaliser un tri croisé, il faut un échantillon de 4000 personnes.

II)Enquêtes qualitatives et enquêtes quantitatives

L’opposition est simple :
Enquête quantitative : l’étude porte sur des grands nombres, nous sommes en présence d’une population au sens statistique. Un questionnaire assez rapide mais à beaucoup de gens.
Enquêtes qualitative : l’étude porte sur un nombre restreint d’individus, mais c’est une étude détaillée, précise, nuancée, longue.
On choisira l’une ou l’autre selon :
ses objectifs : par ex. si l’objet de l’enquête sont les intentions de vote aujourd’hui pour les présidentielles, il est préférable de choisir une enquête quantitative (nb standard de pers interrogées pour une enquête quantitative :1 millier.)
ses moyens : selon si l’on a des crédits suffisants ou pas. L’enquête qualitative est parfois perçue comme une enquête au rabais, soit parce qu’on n’a pas les moyens de faire du quantitatif qui coûte + cher, soit parce qu’on ne sait pas faire du traitement de données statistiques. Depuis quelques années, les sciences sociales revalorisent le qualitatif.

A.des contraintes inégales

Dans une enquête qualitative, on a « beaucoup sur peu » : essayer de faire parler le + possible la personne, il peut arriver que la personne interrogée livre vraiment ses idées/opinions sur tel sujet.
Dans une enquête quantitative, on a « peu sur beaucoup » : essayer de poser des questions claires afin d’obtenir des réponses claires pour pouvoir classer la personne dans telle catégorie.

B.des usages différents et complémentaires

Enquêtes qualitatives : ont pour but de « repérer des formes » i.e., des comportements. Ex. des abstentionnistes, qui ne votent pas soient car sont dégoûtés de la politique ou car il a jamais su quoi voter2 comportements différents dans lesquels on ne pourra pas préciser les effectifs mais au moins 2 types de comportements.
2 types de classements :
la catégorisation : chaque individu doit trouver sa place dans une catégorie et dans une seule, la catégorie est exhaustive.
La typologie : chaque individu se situe à un endroit qui se rapproche plus ou moins de tel grand type de personne.
Dans une analyse qualitative on distingue donc quelques cas de figure.

Enquêtes quantitatives : ont pour but de « mesurer des fréquences » en %.(existence des fréquences associées qui permettent d’aller vers des possibilités d’explication.)
Ici, il faut faire la distinction entre données individuelles et données agrégées.
Données agrégées : en France, au début du XX ème siècle, on a commencé à étudier les résultats des élections par la cartographie électorale. On mettait en relation des régions et des hommes par le biais des données agrégées. Mais ce genre de raisonnement est dangereux car il risque d’être fallacieux. On a montré que ces résultats pouvaient être diamétralement opposés selon l’unité d’analyse choisie par ex. si l’on étudie le vote sur les cantons ou sur les départements.
Données individuelles : la sociologie électorale a fait de nombreux progrès quand les enquêtes ont été réalisées par questionnaires ou par sondages car ils sont réalisés grâce à des données individuelles. Le seul problème est que celles-ci rapportent ce que les gens disent de leur vote et non ce qu’ils votent exactement.

III)Enquêtes passives et enquêtes réactives

Pour savoir ce que vote quelqu’un, soit on l’observe (dans l’isoloir donc on observe ce qui est mais c’est souvent une hypothèse impossible), soit on lui demande (donc on observe la réponse à la question et on crée ce qu’on observe) mais on ne peut pas être sûr de la réalité. Il y a donc plusieurs analyses possibles.

A.L’analyse documentaire (là où l’on est le plus passif)
Elle consiste à observer les objets étudiés (des bulletins de vote, des bâtiments…) en travaillant sur des interactions objectivées (=des interactions entre individus), donc ce qu’on observe sont des traces d’interactions entre individus.

B.L’analyse non participante
Elle consiste à être là où les interactions se passent et à observer, regarder, écouter pour pouvoir en rendre compte ; on est donc dans une position de « voyeur ».
L’observation peut ainsi être non su des observés :l’avantage est que ce que l’on observe est la réalité, par contre l’inconvénient est que l’on ne sait que très peu de chose de l’observé puisqu’on ne lui pose aucune question.
L’observation peut être su par les observés : le risque est qu’ils se conduisent différemment parce qu’ils savent qu’ils sont observés mais généralement, après un moment, on peut remarquer qu’ils oublient la présence de l’observateur.

C.l’observation participante
Les observés savent qu’il y a un observateur mais celui-ci s’intègrent au groupe ; c’est la technique utilisée par l’ethnologue. Les avantages de cette technique sont de pouvoir comprendre une réalité différente de la notre, c’est une étude de la globalité car elle ne cherche pas à étudier tel comportement mais une société dans sa logique globale.
Depuis quelque temps, l’ethnographie s’est développée et permet d’étudier l’ethnologie dans un autre contexte, par ex. en sociologie politique.(ex. Jours tranquilles en 1989) c’est une technique utile qui a comme avantage de recueillir une multitude de renseignements mais qui pose toutefois des problèmes car on ne peut pas être sûr que ce que l’on a vu n’est pas biaisé par notre participation.
L’ethnométhodologie est une forme d’observation très participante, qui peut aller jusqu’à la conversion ; l’observateur, pour mieux comprendre, se transforme lui-même comme membre de la société/population étudiée. Ex. vivre une vie d’ouvrier pendant plusieurs mois.

IV)l’entretien

l’appellation d’entretien désigne le fait d’avoir avec l’observé une conversation relativement longue, et qui a pour principale caractéristique le fait d’être libre car l’interrogé a la possibilité de dire ce qu’il veut. Plusieurs forme d’entretiens :
Entretien non directif : grande liberté de l’enquêté
Entretien semi-directif :l’enquêteur intervient souvent pour ramener l’enquêté dans le sujet de l’enquête. c’est la méthode la plus utilisée car elle permet un compromis entre nécessaire liberté de l’enquêté et nécessité d’être conforme au programme qu’on s’est fixé.
Entretien individuel : à ce moment là, veiller à ce qu’il soit vraiment individuel (une femme peut répondre différemment en présence de son mari)
Entretien collectif :permet de faire réagir les gens entre eux, de les confronter à des personnes d’un autre métier, d’une situation social différente. Ces entretiens sont souvent utilisés car ils ne sont pas très chers, sont peu compliqués…Par contre, il faut veiller à ne pas déduire ce que l’on ne peut pas en déduire et à ne pas faire à partir des résultats des généralisations.

V)l’enquête par questionnaire

L’avantage du questionnaire se comprend surtout en terme de coût mais ses inconvénients tiennent en l’imposition d’une problématique donnée (par ex. êtes-vous pour ou contre le quinquennat ? il est possible que les gens n’y ait jamais pensé ou qu’il ignore tout du sujet, or en quelques minutes, ils sont sommés de donner leur avis).
Il existe différentes formes de questions :
question fermée : réponse par oui ou non
question préfermée : choix entre plusieurs réponses
question ouverte : laisse une réponse libre, dans des limites de temps ou de place. Elle se rapproche un peu de l’entretien approfondi, mais elle est beaucoup plus coûteuse, compliquée, donc peu de questions ouvertes dans les questionnaires.

Il faut prendre en compte différentes stratégies pour effectuer un entretien :
qu’est-ce que je veux savoir, qu’est-ce que je cherche ?
qu’est-ce que je peux savoir ?
et d’ici, plusieurs problèmes peuvent se poser :
ce que je veux savoir, celui que j’interroge n’est pas en mesure de me le dire.
L’interrogé peut ne pas vouloir/savoir répondre.
Il faut aussi savoir jouer sur la formulation des questions et ne pas commencer par des questions trop pointues :personnelles au début.

Il existe par ailleurs 2 types de questionnaires :
Le questionnaire auto-administré : rempli par l’intéressé lui-même (avantage : pas d’enquêteur à payer ; inconvénients :on ne sait pas qui à répondu + empêche certaines stratégies car la personne a l’intégralité du questionnaire devant les yeux).
Le questionnaire administré : effectué par un enquêteur à domicile ou par téléphone ; il a toutefois un coût…


VI)l’intervention

C’est une technique qui tout à la fois cherche à observer, à décrire ce qui existe et en même temps qui cherche à modifier la réalité observée.(contraire de la démarche scientifique).
Elle a commencé aux USA au début du XX ème siècle avec l’école de Chicago au moment où les sociologues ont commencé à s’intéresser aux quartiers noirs. De plus, cette technique va essayer de résoudre certains problèmes et de modifier la réalité dans un but d’amélioration. C’est une « recherche-action » dans la mesure où l’on est à la fois chercheur et intervenant.
Alain Touraine (sociologue français contemporain) met au point une technique nouvelle : le groupe d’intervention social. Au départ cette technique consiste en un entretien collectif et l’on essaye de modifier la réalité les gens ressortent en ayant avancer sur une question donnée.

VII)L’expérimentation

Dans ce cas, les sciences sociales empruntent une technique courante dans les sciences de la Nature et de la Vie. C’est à dire que l’on crée une situation artificielle (inconvénient) dont on maîtrise tous les paramètres (avantage) puis on observe quelles sont les caractéristiques de la situation, et ce qu’elle produit comme effet.(méthode utilisée la première fois par Claude Bernard). Dans les sciences sociales, cette méthode est peu utilisée car toute observation réalisée sur une réalité artificielle court le risque de ne pas être conforme à la réalité + méthode qui coûte cher + l’humain a une délicate position de cobaye.
Donc on utilise plutôt la méthode comparative qui peut donner des résultats du même type car on attend que la situation escomptée se produise par elle-même et on va la comparée.
En sociologie politique, on utilise l’expérimentation surtout pour des études de marketing. Par ex. on étudie l’effet produit par une publicité sur le comportement des gens. ( cette méthode est utilisée particulièrement aux USA où il est autorisé de faire des publicités politiques négatives donc utilisées en période de campagne ; les résultats ont montré que ce genre de publicités étaient favorables aux challengers critiquant le candidat sortant mais que le candidat sortant n’a pas intérêt à faire de la publicité négative).


Conclusion

On dispose d’une gamme diversifiée de techniques. Pour choisir, il fait tenir compte de 3 paramètres :
L’opportunité : quelle technique convient le mieux à ce que je cherche ?
La rentabilité : quelle technique fournit le meilleur rapport avantage/prix ou coût/bénéfices ?
La représentativité : quelle technique me permettra de coller le mieux possible à la réalité ?

Chapitre 3 La description statistique du comportement politique.

Cette description se fait en deux temps : mesures globales puis inégale distribution sociale.

I/ La mesure du comportement politique.
1.La rareté de la participation politique.

A.La rareté de moins en moins méconnue de la participation électorale

La sociologie politique électorale va à l?encontre de la croyance selon laquelle la plupart des gens voteraient. Plusieurs catégories de citoyens :
Les électeurs potentiels : nationalité française, plus de 18 ans, à eux on oppose les non électeurs. Les potentiels ne sont pas forcément inscrits.
Les inscrits : ceux qui vont voter et ceux qui n?y vont pas. L?absentéisme est différent de l?abstentionnisme.
Les votants. Il y a ceux qui votent à droite ou à gauche. Ceux qui choisissent une personne plutôt qu?un parti donc le suffrage exprimé est différent du suffrage blanc ou nul. Dans la publication des résultats on confonds blanc et nul. Certains militent donc pour la valorisation des bulletins blancs car on peut être bon citoyen et ne pas trouver son bonheur.

Pour le référendum de septembre 2000 sur le quinquennat ce sont seulement 10 millions de personnes qui on dit oui ou non. Ne jamais oublier les non inscrits.

L?abstention d?une manière générale et sur une longue période est plutôt importante. Il y certes des scrutins phares du type présidentielles depuis 1962 tout comme les cantonales. D?une manière générale on vote quand on a l?impression que les gens pour qui on vote auront du pouvoir. Pour les législatives les taux peuvent varier. La mobilisation dépend du scrutin de la conjoncture et de la fréquence des scrutins. Plus il y a d?élections moins on vote.
Y a-t-il plus d?abstention aujourd?hui ? La réponse est difficile. Il est difficile de comparer les chiffres car les caractéristiques conjoncturelles varient tout le temps. On peut observer une tendance globale : l?abstention augmente La raison principale serait le nombre croissant d?élections.

B.La rareté des autres formes de participation politique.

En France en dehors des élections les autres formes de participation sont très rares.

a)les problèmes de la mesure :

Pour les partis les chiffres du nombre d?adhérents sont des enjeux de lutte politique. Ce ne sont pas ici des chiffres officiels on peut donc les remettre en cause. Tendance au gonflage.
La place des définitions. En effet chaque parti n?a pas la même façon de considérer ceux qui sont adhérents et ceux qui ne le sont pas. Est-ce avoir la carte, donner de l?argent etc. C?est la même chose pour une manifestation. Comparer donc les chiffres fournis par les organisateurs et ceux donnés par la police. Faut-il différencier ceux qui gueulent de ceux qui marchent sans rien dire. On peut penser à la manifestation pro De Gaulle en mai 68.
La mesure du problème : En France ils sont des milliers à adhérer à un parti, en Grande Bretagne ils sont des millions. Ce qui est clair c?est une évolution à la baisse.

Parti Communiste : Ils on été un million, dans les années 60 environ ½ million, fin 70?s 2700000, oct. 2001 100000, aujourd?hui on serait moins de 100000.
PS : Plus de 100000 aujourd?hui
RPR : 1997 136000 ; 1998 moins de 100000 mais en annonce plus.
UDF n?a jamais revendiqué beaucoup d?adhérents environ 70000
FN : A une époque 50000 aujourd?hui (scission avec MNR) 20000
Verts : 90?s 5000 environ autant aujourd?hui.

Au total 500000 français adhèrent à un parti donc pas plus de 1% de la population.

Pour ce qui est des manifs le nombre de personnes ayant participer à une manif au moins une fois à augmenter de puis 20 ans. 1980 50%, 1990 57%, 1999 72%.

C.La rareté évolutive des différentes formes de participation politique, trois changements.

a)Vers une participation plus directe

Elle est fondée sur le mode de l?opposition démocratie directe et représentative. Moins de confiance aujourd?hui dans la représentation et plus de confiance dans une démarche directe : la manif.

b)Vers une participation individuelle

On veut ne pas avoir l?impression d?être anonyme d?où le succès d?une organisation telle que Amnesty international qui propose d?écrire une lettre au président du pays visé pour libérer un prisonnier.

c)Participation plus sectorielle

La politisation est en baisse mais ce qui marche bien c?est l?engagement ponctuel en raison des limites temporelles. On l?observe dans la baisse du syndicalisme et augmentation des manifs spontanées (coordonnées). Par exemple baisse de membres des FCPE (parents d?élèves) mais si il se passe quelque chose ils seront là.

2.2. L?évolution des orientations politiques (deux mesures possibles.)

A.Les résultats électoraux (donnés agrégés) : volatilité croissante de l?offre et de la demande ?

a)Les résultats en voix différents des résultats en siège

2 types de résultats très différents. Dans le cas de la proportionnelle il n?y a quasiment pas de différence contrairement au scrutin majoritaire ou moxte oèu on observe des écarts.

b)Les interprétations des résultats

Rôle important des médias : en peu de temps peut s?installer une impression fausse. Si à 20h à la télé puis le lendemain dans les journaux on retrouve la même chose l?image s?installe et elle devient difficile à enlever car les leaders ne peuvent contester une défaite. Est-ce que la distribution globale des orientations est stable ?
Le problème : o, montre qu?il y a des glissements quand on analyse, cela nous renseigne que sur une évolution globale et non sur une évolution des opinions des individus car un parti qui perds et gagne un nombre de votes paraît stable. Est-ce que l?instabilité électorale augmente ou est ce qu?elle diminue ? La sociologie mesure volatilité des électeurs et les changements d?orientation politique d?un scrutin à l?autre. La volatilité augmente certes mais il faut nuancer :
L?instabilité qui concernerait un passage de droite à gauche et inversement est plutôt faible <10%. L?essentiel de l?instabilité électorale se situe à l?intérieur des clivages et se fait entre partis, de droite par exemple. Aussi il existe une autre forme d?instabilité, celle qui fait passer de l?abstention à la participation et inversement. L?instabilité existe mais elle a des limites.
Qu?est ce que l?instabilité ? Et surtout ne serait-ce pas les partis qui sont instables ? Elle est croissante mais à chaque fois différente. Ce ne sont donc pas que les électeurs qui sont instables.

B.Les enquêtes d?opinion : dépolitisation ?

Chap 4 Le comportement politique


Nous pouvons grouper les individus de différentes façons, selon différents critères.
Les scènes politiques sont multiples : la scène politique nationale n’est plus la seule pertinente, peut-être plus la principale (les décisions les plus importantes sont prises à Bruxelles). Nous allons repérer et caractériser les relations des gens ordinaires à la politique.


1)Comportement, orientation et participation politiques

Définitions

Comportement politique (behavior) : on pense à des actions ponctuelles et non à des structures mentales. Ce sont des manifestations à un moment donné dans le temps et dans l’espace.
Un comportement est empiriquement observable (une pensée n’est pas un comportement).
→ Avantages : le comportement par définition s’observe, peut se mesurer, c’est qc de précis et quantifié, c’est un objet privilégié dès l’instant où l’on privilégie l’observation scientifique. On appelle cette tendance le behaviourisme.
→ Limites : si l’on se tient au comportement, on va pas très loin et on est obligé de faire état d’autre chose pour l’expliquer.

2 dimensions du comportement politique : la participation et l’orientation.
La participation est la présence dans la vie politique. On va ranger derrière cette notion tous les comportements observables qui témoignent d’un intérêt, d’un engagement (de la simple lecture d’un tract à la manifestation).
L’orientation (contenu) suppose qu’il y ait participation (contenant). C’est le sens de la participation.
Quelquefois cette distinction duale est remplacée par une trilogie. On distingue la politisation--d’une grève, d’un débat… ou bien d’une personne — et la participation proprement dite qui suppose une action plus marquée.
Limites de la distinction participation/orientation : la non-participation peut être une forme de participation et avoir une orientation. En matière électorale, cela renvoie à l’abstention de personnes intéressées au scrutin mais qui pensent que s’abstenir à ce moment est le meilleur moyen de participer. On parle d’abstentionnisme militant si il reste personnel ou de boycott électoral si il est collectif.
A l’inverse, dans certains cas la participation ne signifie pas qu’il y ait orientation. C’est le cas des gens qui votent « pour voter » parce qu’ils se sentent obligés ou redevables de le faire.

Représentation du monde social, participation et orientation

La double croyance au principe de participation politique
Elle suppose l’existence d’instances de régulation globale à un certain niveau. Jusqu’à peu, on pensait à l’Etat-Nation. Si je pense que nulle part il n’existe d’instance globale, pourquoi participer ?
Il faut aussi que j’aie le sentiment que ce que je fais ou dis peut jouer un rôle, modifier les choses, soit parce qu’on me demande de désigner le pouvoir, soit parce que je peux faire pression.

La double croyance au principe de l’orientation politique
Cela suppose que j’aie en tête l’existence un espace politique structuré. On peut avoir une dimension simple avec l’axe droite/gauche ou une vision plus complexe avec plusieurs dimensions.
Il faut aussi que je soie capable de me situer dans cet espace.
Si les 2 conditions sont remplies, alors l’orientation est possible.


2)La participation politique

Le polymorphisme de la participation politique

Il existe plusieurs formes de participation. Attention, la réalité classée ne préexiste pas au classement. On a une infinité de classements possibles. Il doit être pertinent.

Le classement dominant des formes de participation
La participation conventionnelle = conforme aux principes de la démocratie représentative. Cela signifie :
+ élire : on pense à l’acte du vote mais avant il y a aussi l’inscription sur les listes électorales, 1er acte de participation.
+ faire élire : on pense au soutien électoral, faire campagne, financer, adhérer à un comité d’organisation. Mais aussi on trouve en amont participer au processus de sélection des candidats, ou plus souple, encourager un candidat.
+ saisir l’élu : ce qui est conventionnel c’est que l’élu est libre, il n’a pas de mandat impératif. A priori, tout ce qui fait pression est non conventionnel. Il reste la pétition, l’intervention orale, informative (sans arme ni chèque), la réponse aux sondages , manière de faire savoir à l’élu qu’il y a des problèmes.
La participation non conventionnelle = ce qui n’est pas conforme à la démocratie représentative. On a toutes les actions violentes, à commencer par l’assassinat politique direct ou indirect ( i.e. pousser le candidat au suicide. Ex. de Roger Salengro, ministre de l’Intérieur sous le Front populaire et calomnié par la presse ; ou plus récemment Pierre Bérégovoy), appel à la désobéissance, à la désertion. On a aussi des actions pas contraires à la démocratie mais contraires à sa forme représentative : tout ce qui revient à court-circuiter les représentants ou faire pression sur eux, comme la corruption, le lobbying (i.e. faire les couloirs des lieux de pouvoir), les manifestations de rue ou autres types de menaces telles que les séquestrations de personnes, les occupations de locaux, les entraves à la circulation…
La distinction participation conventionnelle/non-conventionnelle pose ses limites : dans certains cas il est difficile de délimiter l’un et l’autre, notamment en ce qui concerne l’information des élus. Aussi poids des media.

Les autres critères de classement des formes de participation
le degré de violence : continuum de la pure conviction (parole, discours…) à la violence pure (menace directe…). Bien souvent les actions restent non violentes car l’une des 2 parties cède pour éviter les affrontements.
le nombre des acteurs : certaines actions sont strictement individuelles, telles que l’immolation par le feu, les opérations kamikazes, les grèves de la faim ; d’autres sont nécessairement collectives mais intégrées dans un mouvement d’ensemble, telles que le vote ou les pétitions ; d’autres encore sont strictement collectives, telles que les mouvements sociaux (en socio politique il y a une tradition de réserver la notion de mouvement social à un ensemble d’actions collectives se plaçant dans la longue durée et ayant généralement une motivation protestataire. Chazel : « une entreprise collective orientée vers le changement ». Pour Touraine le but est de contrecarrer ou susciter un changement, la référence historique absolue est le mouvement ouvrier.
l’intensité de l’engagement : on distingue la durée de l’action politique, il existe des actions à durée déterminée comme le vote ou la pétition qui prennent quelques secondes ou minutes ou encore la manif qui prend quelques heures ; et des actions à durée indéterminée comme le militantisme. On distingue aussi l’engagement limité, comme le vote, et illimité voire total dans des actions qui comportent des risques comme les grèves de la faim. L’intensité est plus ou moins grande. Les partis demandent plus ou moins d’engagement à leurs adhérents. Ex dans le maoïsme. Il est important d’amener les idées révolutionnaires dans les usines, mais les ouvriers amènent eux aussi des choses, d’où la technique de l’engagement dans l’établissement ; le jeune maoïste se fait embaucher dans des usines dures avec le travail à la chaîne, pour plusieurs mois afin de vivre comme un ouvrier, coupé de sa vie antérieure.


La polysémie de la participation politique

Pour une grande part l’efficacité de la participation réside dans la bataille du sens.

Le sens donné par le participant
Le sens donné à la participation : pour certains, on a juste une participation de principe, pour d’autres elle met en valeur leur orientation
Le sens donné à la non-participation : de l’indifférence à l’abstention motivée.

Le sens donné par le gouvernant
La qualification légale de la participation politique : les gouvernements vont pouvoir réglementer la participation. Dans certains cas, ils rendent la participation obligatoire comme l’inscription sur la liste électorale en France, même si elle n’est soumise à aucune sanction. En Belgique et en Grèce, le vote même est obligatoire sous peine d’amende. Dans d’autres cas, sans être obligatoire elle est très organisée, réglementée.
Troisième cas de figure : il n’y a pas d’obligation ni d’organisation lourde mais une protection comme le droit de pétition adressée à l’Assemblée Nationale en France (toute destruction de pétition peut être poursuivie par le tribunal correctionnel). Ou encore on tolère simplement, parfois en contradiction avec certaines interdictions. Enfin dernier cas de figure, l’illégalité est clairement prononcée et sanctionnée, comme pour l’assassinat politique.
La valorisation morale de la participation politique : exemple du vote. Selon les pays, les époques, les régimes, les discours officiels sur le vote sont différents. Pour la France, le vote est un devoir, le bon citoyen est celui qui vote et il faut le plus grand nombre de votes pour que la démocratie fonctionne bien. Pour les Etats-Unis, la vision du vote est différente, le vote est un droit et le citoyen ne vote que s’il en ressent le besoin. Un électeur sur deux ne vote pas. Dans l’ancien monde communiste, le vote est une obligation très forte organisée par le pouvoir, il faut que le plus de gens possible votent pour le parti ce qui donne des participations très élevée, de même que des résultats très probants.

Le sens donné par l’observant
La médiatisation de la participation politique : une action politique n’a d’intérêt que si elle est bien représentée par la presse. Le sens donné par la presse est capital, d’où une série de stratégies.
La sociologisation de la participation politique. Les politologues analysent et observent mais ne jugent pas. Ils font certains usages et tel ou tel sens peut être donné.


L’évolution de la participation politique

Les changements dans le temps long. Depuis un siècle on a eu deux grandes évolutions :
L’apparition d’un espace public (Jürgen Habermas) : il fut une époque où les gens n’avaient pas le sentiment de pouvoir intervenir dans le champ politique. Les actions sporadiques,,limitées sont l’expression d’un mécontentement plus que une volonté de changer les choses (« manifestations volcaniques » selon Philippe Braud). On a pas le sentiment de participer à un débat.
La pacification du politique (Norbert Elias). C’est plus récent, du début XXème. Ce processus consiste en un progressif autocontrôle individuel qui fait reculer la violence. L’essentiel est culturel et résulte de l’évolution des mentalités, l’apprentissage avec par exemple le suffrage universel qui apprit aux français à être électeurs. Le vote s’est imposé comme principal moyen pour faire avancer les idées, ce qui suppose que l’électeur puisse traduire ses craintes et ses envies au travers d’un candidat. D’autres formes de participation évoluent ; les manifestations de rue ont comme ancêtre les journées, manifestations violentes incontrôlées dont on espérait des conséquences immédiates. Aujourd’hui les manifestations sont principalement pacifistes et contrôlées et on en attend pas des résultats concrets immédiats. Il s’agit plutôt de faire des démonstrations de force et d’argumentation. Au début des années 60, à Lyon, il y avait un conflit entre la mairie et le gouvernement gaulliste, plus particulièrement Malraux. Un jour Malraux annonce sa venue à Lyon : Pradel déclare que s’il vient, il se retrouvera dans le Rhône. De telles déclarations sont impossibles aujourd’hui.

Les changements dans le temps court.
La diversification des acteurs. Depuis une trentaine d’années, on assiste à une multiplication des intervenants :
les femmes
les jeunes. En 74, le droit de vote passe à 18 ans. On est passé d’une période où l’expérience prévalait à une période où la jeunesse devient un élément de légitimité.
Les étrangers. Dans les années 70 les travailleurs immigrés commencent à manifester.
Les minorités sexuelles.
La multiplication des cibles. Avec le double processus de construction européenne et de décentralisation, les enjeux des luttes de pouvoir se multiplient.
La prolifération des enjeux. Exemple des votes sans enjeux, votes motivés par la solution à des problèmes précis apporté par les candidats comme les problèmes environnementaux, les droits de la femme… Lorsqu’en 1965, Mitterrand surprend en mettant au centre de la campagne la question de la contraception à côté d’autres enjeux.
L’élargissement du pouvoir d’action (Charles Tilly). En somme, les techniques et les outils disponibles se sont multipliés. Ils explosent petit à petit, phénomène qui tient d’une part à l’évolution même de la société (Internet, autoroutes pour pouvoir faire des barrages…) et d’autre part aux capacités d’innovation. On a vu des concerts, des marches, des pique-niques, des bains de mer, des bouquets géants ou encore des cuvées spéciales anti-Le Pen. On pet faire n’importe quoi mais faire comprendre qu’on est anti ou pro quelque chose. La technique des occupations de locaux comme action politique nous apparaît comme allant de soi mais cela n’a pas été toujours le cas. On a deux dates importantes : 1936, quand les grévistes occupèrent les usines pour la première fois, et 1968 avec l’occupation de l’Odéon. On a une modification profonde de la réalité de la participation politique.


3)L’orientation politique.

Politisation du monde ou construction politique de la réalité.

L’invention des problèmes.
La perception d’un écart. Les problèmes sont des constructions sociales, inventées par un certain nombre de gens. Cet écart réside entre la perception que l’on a de la réalité et un certain idéal.
La réductibilité de l’écart. Il faut aussi avoir le sentiment que quelque chose peut être fait, qu’il existe une solution quelque part.
L’imputation à une instance. Il faut aussi le sentiment que quelque part il y a une institution qui peut résoudre le problème, que l’on peut imputer à une institution l’application d’une solution.
La circonscription et la désignation du problème. Dès lors le problème existe.

La construction du clivage.
Il a lieu entre personnes et groupes qui ont un perception différente. Il y a deux étapes :
La hiérarchisation des problèmes. Une autorité publique ne peut pas tout faire à la fois, il faut sélectionner des problèmes, d’où la bataille de l’agenda.
L’alternative entre solutions. On a des gens qui s’opposent autour d’un clivage. Ils sont tous d’accord sur la caractérisation du problème mais il y a séparation sur les solutions à adopter. Il n’y a encore pas politisation.

La politisation des conflits.
L’élargissement de la conflictualité par intertraduction des clivages. On va faire rentrer d’autres problèmes et essayer de construire un clivage unique. Exemple pendant les campagnes électorales.
Partis et cités : la construction interactive des camps.

Les acteurs de la construction politique de la réalité.
Dimension cognitive et stratégique de la chose. On est d’autant plus fort qu’on a des alliés.
Politisation ordinaire et politisation professionnelle.



II) L’inégale distribution des comportements politiques.

1)Les variables « biologiques ».

L’âge (et âgisme) :
Ce n’est pas l’âge en tant que tel qui importe, mais les positions sociales qui s’y rattachent.
Age, participation et orientation.
Les renseignements à ce sujet sont fournis par les registres électoraux et des enquêtes. La participation est généralement faible. Elle augmente avec l’âge et semble retomber en fin de vie, même si cette dernière tendance est à nuancer.
Mais il se pose un problème : le calcul de l’abstention se fait par rapport aux inscrits. Si dans une catégorie ce nombre est faible, le taux d’abstention peut être faible et sera en réalité trompeur.
Orientation : Le vote chez les jeunes est nettement plus à gauche que celui de leurs aînés. Toutefois, l’examen des scrutins révèle quelques exceptions : en 1995 par exemple, Chirac arrivait en tête chez les jeunes (nombre d’entre eux n’avaient connu que le socialisme). De même, dans les années 90 avec le vote d’extrême droite (qui n’est jamais arrivé au pouvoir). Ce qui fait la spécificité de l’orientation des jeunes, c’est le changement. En général, c’est la gauche qui incarne le changement, sauf dans certaines conjonctures.
L’affirmation « les jeunes votent plus à gauche » ne reflète pas un phénomène biologique, mais des réalités sociales.

Age, génération, période.
Quelque soit la période, on retrouve la même orientation politique : à 20 ans, on vote à gauche.
Phénomène de génération : ceux qui sont nés dans les années tant ont le même comportement.
Phé
Par commission pédagogique - Publié dans : 1ere année
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Mercredi 22 mars 2006 3 22 /03 /Mars /2006 10:27

La France des années Tournantes (1930-1934) :

L’expérience d’une crise cumulative.

Cinq événements marquent le basculement d’un après-guerre à un nouvel avant-guerre. Les élections législatives allemandes de septembre 1930, où le parti nazi passe de 12 à 107 sièges, le krach de Wall Street, à l’automne 1929, la fin du payement des réparations par l’Allemagne, et en contrecoup la fin du remboursement français des dettes aux USA, la crise politique qui va saisir la France à partir des élections de 1932, et enfin, la disparition physique de toutes les grandes figures politiques des alentours de la guerre : Raymond Poincaré (1934), Briand (1932), Clemenceau (novembre 1929), Foch (1929), Joffre (1931) … Restent seuls Herriot et Doumergue.

Ces événements voient se vouer entre eux une sorte de synergie. Au niveau des faiseurs d’opinions, une conscience se répand qu’on est entrain d’entrer dans une nouvelle époque. L’après-guerre s’estompe, et l’idée commence à monter qu’on est entré dans une nouvelle période d’avant-guerre. On voit donc venir la deuxième guerre mondiale, dès les années 1930. Deux parties : les dimensions de la crise et ses perceptions, avec les trois facettes de la crise en France (économique et sociale, internationale, politique) ; puis les solutions éventuelles proposées à cette crise multiforme.

    1. Dimensions de la crise.
  1. Dimension économique et sociale.

    La crise économique en France est beaucoup plus tardive que dans les autres pays européens, et de moins grande ampleur. La France de 1929 est prospère : le niveau de production de 1913 a été dépassé depuis quelques années, il n’y a pas de déficit public, et le nombre de chômeurs secourus par l’État est de 1700 … Le pays, et c’est ce qui le protège, est en marge du marché mondial : il exporte peu, investit peu, emprunte peu, et importe peu. Le pays est tout de même touché à partir de 1931 par une réaction en chaîne : la £ est dévaluée en Septembre 1931, et tout une série de monnaies européennes sont indexées dessus. Elles vont donc être aussi dévaluées. Les prix français à l’exportation vont donc être enchéris, elles vont donc baisser puis s’effondrer dès 1934-35. Jusqu’en 1936, les gouvernements français se refusent à dévaluer. Donc, le Franc est surévalué, la seule façon de se protéger est d’augmenter les mesures protectionnistes … Ce qui entraînera le pays dans la crise.

    La crise, en France, c’est fondamentalement une crise agricole. 36 % des actifs sont dans le secteur agricole (31 % dans l’industrie), la population est pour la première fois urbaine à 51 % urbaine en 1931 … Mais une commune " urbaine " est alors une commune de plus de 2000 habitants. La crise agricole a plusieurs dimensions. Cette agriculture est techniquement en retard, avec de faibles rendements, donc des prix trop élevés à l’exportation. Ce qui est aggravé par la crise mondiale, et l’arrivée du blé soviétique sur le marché, à prix cassés. Les autres produits, vin, betterave à sucre, s’effondrent aussi. Le revenu des agriculteurs s’effondre donc. En réaction, ils achètent moins de produits industriels … Et la crise s’étend à l’industrie.

    Concrètement, la crise se traduit par le chômage : 1 million de chômeurs en 1936, ce qui est beaucoup moins que les autres pays européens (33 % de chômeurs en Norvège, 29 au Danemark …) Les revenus des agriculteurs français chutent de 25 % en moyenne en 1934-35.

    Les rentrées fiscales diminuent aussi. Or, les dépenses augmentent : les anciens combattants arrivent à la retraite, il faut augmenter les dépenses militaires … Les fonctionnaires seront aussi victimes d’une politique de déflation de leurs salaires. La crise n’est donc pas aussi aigue qu’ailleurs, mais elle touche de plein fouet la paysannerie républicaine, le colonne vertébrale de la République en France. Son mécontentement va donc s’exprimer sur le plan politique.

  2. La dimension internationale de la crise.
  1. l’arrivée de Hitler au pouvoir.

    Trois dates : le 30 janvier 1933, Hitler devient chancelier du Reich. Le 23 mars, il se fait voter les pleins pouvoirs pour 4 ans par le Reichstag, et le 14 juillet le NSDAP devient parti unique en Allemagne.

    Cette arrivée de Hitler au pouvoir est un événement suivi de très près en France, de même que la montée électorale du parti nazi. Entre 1930 et 32, 33 livres paraissent en France sur l’actualité allemande, en général des reportages faits par de grands journalistes. Les grandes revues, pour la seule année 1932, publient 36 articles de fond sur les événements allemands. On y repère la première biographie de Hitler, par le journaliste Tourlet, ou la première édition française de Mein Kampf, mais Hitler porte plainte pour interdire sa vente. Le gouvernement est bien informé par les rapports de son ambassadeur André François-Poncet sur ce qui se passe à Berlin, excellents rapports hebdomadaires. Le gouvernement et l’opinion sont donc bien informé sur ce qui se passe en Allemagne.

    Vue d’aujourd'hui, cette information est de bonne qualité, mais on n’en tire pas les conséquences qu’il faut. Ainsi, le livre de Hirth, Hitler ou le guerrier déchaîné connaît douze tirages successifs, livre bon marché qui relate le voyage en Allemagne d’un journaliste. On y voit une bonne information sur le mouvement nazi, la façon dont il tient ses meetings, une bonne analyse de ses buts … Le parti nazi est toujours appelé " le parti hitlérien ", ou " le parti raciste " … Mais il conclut qu’Hitler déteste surtout le communisme : ce qui permet de relier les nations européennes avec les racistes allemands. Autre exemple, Raymond Recouly, biographe de Joffre ou de Foch, écrit dans la revue de Paris un commentaire de Mein Kampf : pour les nazis, il faut un État homogène et racial, l’état n’est qu’un moyen pour donner du bonheur à la race, l’objectif du parti nazi est la conquête d’un espace vital à l’Est, pour la conquête duquel il faut d’abord une guerre avec la France. Mais il faut d’abord lire ce livre pour s’en inspirer en partie pour redresser le pays … Mais l’arrivée de Hitler au pouvoir est prise au sérieux, et vécue avec beaucoup de peur en France.

  2. L’effondrement du système des réparations et des dettes de guerre.

En 1931, le président des USA, Hoover, propose un moratoire pour un an de tous les règlements entre États, le temps que la crise s’apaise. Le gouvernement français accepte : ni dettes à payer, ni réparations allemandes pendant un an. Mais en 1932, le chancelier allemand Brüning annonce que l’Allemagne ne reprendra pas le paiement des réparations, car la crise l’en rend incapable. USA et GB annoncent qu’ils soutiennent cette position. En conséquence, le parlement français déclare qu’il ne remboursera pas ses dettes à la GB et aux USA. Tout l’édifice de Locarno s’effondre donc … Les dettes allemandes et françaises ne seront jamais payées, et les relations franco-américaines se dégradent considérablement.

  1. La crise politique intérieure.

    Trois éléments la caractérisent : la fin des gouvernements d’union nationale, l’échec d’un nouveau cartel des gauches et la montée de scandales financiers aux conséquences politiques explosives.

    1. Les derniers gouvernements d’union nationale.

      1919-24 : Bloc National, 24-26 : Cartel des Gauches, 26-29 : Union nationale. Poincaré se retire de la vie politique en 1929. Il est remplacé par André Tardieu, qui formera deux gouvernements, mais le second, en 1930, sera sans l’appui des radicaux. Tardieu est né en 1876, reçu à Normale, au Quai d’Orsay, mais démissionne pour faire du journalisme. C’est un intellectuel, mais il prend les autres pour des imbéciles et le leur montre. Il est très ambitieux, et a un projet politique : gouverner la France sans crise ministérielle, donc gouverner au centre, en se ralliant certains radicaux, et en coupant avec les marxistes, communistes et socialistes. Son second projet est de modifier les lois constitutionnelles de 1875 pour rééquilibrer les pouvoirs au profit d’un exécutif fort. Son gouvernement sera marqué par des réalisations importantes : il ébauche une politique de grands travaux, avec les premiers barrages sur le Rhin, le canal du Rhin ; des mesures sociales, avec une retraite complémentaire du combattant, la suppression des frais de scolarité pour la classe de 6e … C’est une politique réformatrice, qui trouble à gauche. Au plan militaire, il fait commencer la construction de la ligne Maginot.

    2. L’échec du nouveau bloc des gauches.

      Les élections de 1932 voient, comme en 1924, une nouvelle majorité de gauche, avec 129 socialistes et 194 radicaux et assimilés. Herriot forme le gouvernement sans les socialistes, qui sont cependant prêts à soutenir le gouvernement par leur vote.

      Mais il y a des différences avec 1924. Le parti radical a évolué. De jeunes élus, les " jeunes turcs ", Pierre Mendès-France, Pierre Cot, Jean Zay … Ils veulent redonner une doctrine au parti radical. Mais Herriot ne veut pas s’appuyer sur eux, et pense que leurs projets sont trop hardis. Il va donc tout de suite tenter une politique économique et financière modérée. Il nomme donc au poste de ministre de l’économie et des finances un ancien du gouvernement Tardieu. Mais ça ne marche pas : pour la droite, il reste de gauche. Les socialistes lui reprochent donc sa modération, et la droite lui reproche d’être de gauche : entre 1932 et 1934, la rotation des gouvernements est très rapide : gouvernement Herriot, de juin à décembre 1932, gouvernement Paul Boncourt, décembre 1932 - janvier 1933, gouvernement Daladier, janvier à octobre 1933, gouvernement Sarrault, octobre à novembre 1933, gouvernement Chautemps, et enfin un gouvernement Daladier, qui durera une semaine, du 29 janvier au 6 février 1934. Cette rotation marque l’impossibilité pour les radicaux de se stabiliser et de propose un projet au pays : ils ne peuvent donc faire que de la gestion au jour le jour, ce qui provoque le mécontentement.

    3. L’éclatement des grands scandales politico-financiers.

Un des scandales joue un rôle politique majeur : l’affaire Stavisky. C’est le plus célèbre des scandales, mais il y en a bien d’autres à l’époque. La IIIe République a conne beaucoup d’autres scandales, dont d’autres bien plus importants, comme le scandale de Panama, l’affaire Oustric en 1930, avec un garde des sceaux ayant fait annuler des poursuites contre un banquier … L’affaire Stavisky ne mouille que des politiques de second rang. L’affaire est mince, mais elle a été énormément exploitée politiquement. Stavisky est un escroc connu des services de police, qui a monté avec l’aide du député-maire de Bayonne un crédit municipal qui émet des bons gagés sur des bijoux volés ou faux. L’affaire est découverte, Stavisky prend la fuite et est retrouvé suicidé le 8 janvier 1934 à Chamonix, de " deux balles tirées dans le dos à bout portant ", dira le Canard Enchaîné. Cette affaire n’implique pas un gros secteur d’activité, des sommes faibles, et les individus mis en cause sont des hommes politiques de niveau très secondaire. Mais il y a deux raisons : Stavisky est étranger, juif, d’origine russe. La presse de droite se déchaîne donc contre lui. Seconde raison, Stavisky a beau avoir de faibles relations politiques, elles sont toutes dans le milieu radical, le milieu qui gouverne depuis 1932. C’est un petit scandale, mais qui devient explosif sur le fond de crise sociale, internationale et politique.

    1. Les recherches d’issue à la crise.

Des projets de réforme de l’état, des tentatives de rénovation des vieux partis, et le phénomène des ligues.

  1. Des projets de réforme de l’État.

    Ce thème est récurrent depuis les années 1920. Millerand en avait déjà eu le projet, mais avait du démissionner en décembre 1924. Mais dans les années 1930, la réforme de l’État devient un thème politique majeur, qui fédèrera les droites françaises. Le thème commun a tous ces projets est qu e les lois constitutionnelles de 1975 sont périmées, et qu’il faut les remplacer par une véritable Constitution, avec un exécutif fort. Le principal projet est celui de Tardieu.

    1. Le projet de Tardieu.

      Tardieu lance son projet de réforme de l’État de façon inhabituelle : par une série d’articles de presse et de conférences en France, à l’extérieur du parlement. Il résume ses propositions dans un livre, l’Heure de la décision. Il en a quatre : autoriser la dissolution de l’Assemblée à la seule demande du " Premier Ministre " (et non du président du Conseil), retirer à l’Assemblée toute initiative en matière de dépense budgétaire non compensée par des recettes, introduire dans la Constitution le recours au référendum, à l’initiative du Premier Ministre, et faire voter les femmes.

      Mais le contenu de ces propositions est court-circuité par la manière dont Tardieu les présente. La gauche le classe donc comme un apprenti bonapartiste, qui fait de la " Néo-Boulange ", selon Herriot. Mais ces propositions ont le soutient de toute la droite parlementaire. C’est une triple critique de la IIIe République : d’abord, du principe de représentation. Pour Tardieu, l’Assemblée ne représente pas réellement la volonté populaire, qui ne peut l’être bien que par le référendum. Seconde critique, Tardieu critique les " oligarchies politiques " : les partis ne sont que des lobbies qui représentent des intérêts particuliers, les députés sont captifs de leur électorat. Ils sont donc les élus de seulement une petite partie du peuple. Enfin, il mène une critique de l’État, affaibli, qui devrait interdire le syndicalisme aux fonctionnaires, qui mène à leur droit de grève, ce qui met en cause l’autorité de l’État. Mais il faut un État qui se voue strictement aux fonctions régaliennes, qui ne se mêle pas de politique économique et financière. Il considère en effet le New Deal comme du bolchevisme à l’américaine.

      On peut considérer ce projet comme un brouillon de la Ve République. Mais il y a deux énormes différences. D’abord, Tardieu n’envisage jamais de renforcer le pouvoir du président de la République : son projet est plutôt une anti-IIIe République. On reste donc dans la logique de la IIIe république, un couple parlement-gouvernement, mais où le gouvernement doit l’emporter sur le parlement. C’est donc un projet intéressant, qui mènera à la Ve République, mais ce n’en est pas le brouillon.

    2. Les réflexions de Léon Blum.

    Ce n’est pas à proprement parler un projet constitutionnel. En effet, le thème de la réforme de la Constitution est monopolisé par la droite, donc Blum pense qu’il ne faut pas s’engager sur ce terrain. Ensuite, pour les socialistes, les institutions ne sont que le reflet de l’économique et du social, qui sont seules les questions centrales. Mais Blum, juriste, Conseiller d’État, s’intéresse à la question. Il est opposé à la réforme Tardieu, mais n’est pas contre le droit de dissolution, dont devrait disposer le président du Conseil, dont il propose de faire un véritable coordonnateur du gouvernement. Jusque là, le président du Conseil a toujours été un ministre, il n’a pas cette occupation en propre. Il n’y a pas de cabinet. Blum propose de donner les moyens matériels et financiers au président du Conseil, de lui donner un cabinet, des locaux (Blum est le premier à s’installer à l’Hôtel Matignon). Il propose enfin des changements dans la pratique parlementaire, en renforcent le rôle du président de la chambre. Il propose de remplacer la question de confiance par une véritable motion de censure. Dans le cadre de la IIIe République, Blum propose donc de la rationaliser, en gardant les lois de 1875. Blum appliquera ces idées à son arrivée au pouvoir en 1936.

  2. Les tentatives de rénovation à l’intérieur des vieux partis.

    1. Les radicaux.

      La tentative de rénovation est menée par les " jeunes turcs " du parti radical, une sensibilité plutôt générationnelle. Ils constatent que le parti radical a eu son age d’or avant la guerre, et que les gouvernements d’après-guerre ont tous été des échecs. Ils y trouvent comme raison que la doctrine du parti radical, forgée à la fin du XIXe siècle, avec Gambetta, est obsolète : en dehors de l’école unique, toutes ses propositions sont périmées. Ils veulent donc inventer un nouveau programme. Ce sont Pierre Cot (né en 1895) ; Jean Zay (1904), Jacques Kaiser, Pierre Mendès-France, Jacques Mistler … Il y a de profondes divergences entre eux : Kaiser, Cot, Mendès-France sont pour une politique d’union des gauches, même avec le PCF après 1934, tandis que d’autres, comme Mistler, sont pour une orientation plus à droite. Mais tous sont partisans d’une économie dirigée. Tous sont fascinés par le New Deal ou les expériences d’économie dirigée menées par le fascisme italien ou le communisme soviétique. Ils sont aussi unis par l’idée qu’il faudra construire une confédération européenne, mais de façon différente : les plus à droite veulent la faire avec Hitler, les autres pas. En conséquence, si Herriot ne reprend pas leur propositions, certains feront de belles carrières : Cot et Zay seront ministres du Front Populaire, et PMF après la deuxième guerre mondiale. Le parti radical continuera donc son déclin, sans reprendre leurs idées.

    2. La SFIO.

    Les rénovateurs sont ici les Néo-Socialistes, ou " Néos ". Ce sont là aussi des parlementaires, profondément insatisfaits du refus de leur part de participer au gouvernement. Ils sont donc opposés à la doctrine Blum. En 1924, en 1932, ils sont pour la participation de la SFIO au gouvernement. Il y a pour eux contradiction entre le discours révolutionnaire, le soutien aux radicaux, et le soutien aux gouvernements radicaux. Ils veulent donc un programme plus franchement réformiste, mais pas révolutionnaire. Celui qui représente le mieux cette tendance est un ancien compagnon de Jaurès, Pierre Renaudel.

    Mais une deuxième facette se greffe sur les Néos, avec un homme beaucoup plus jeune, Marcel Déat. C’est un intellectuel (Normalien, agrégé de philo), blessé, décoré durant la première guerre mondiale, qui publie en 1930 un livre, Perspectives socialistes. Il y dit que dans le monde moderne, ce n’est pas la propriété des biens qui compte, mais le contrôle des forces. Il ne faut donc pas nationaliser les entreprises, mais y prendre des participations où avoir un système de commande de l’État pour les diriger. Il en tire comme conséquence que l’essentiel est d’avoir un État interventionniste ; mais il considère que les moyens utilisés par Mussolini devraient inspirer les socialistes. En conséquence, soupçonné de sympathie pour le fascisme, il sera exclu de la SFIO en novembre 1933, et il fondera avec Renaudel le Parti Socialiste de France (PSdF), qui signera le programme du Front Populaire et y aura des sous-ministres. Mais ce Déat n’est pas encore celui de 1942 : il ne voit pas la différence entre Mussolini et Roosevelt.

    La rénovation de la SFIO par les Néos tourne court à l’exclusion de Déat, car Renaudel doit partir avec lui.

  3. Les ligues.

Ces ligues ne sont pas un phénomène nouveau. Une ligue se définit comme une association dont la rue est le champ d’actio principal. C’est un group d’action directe, qui ne présente que rarement de candidats aux élections. Il peut aussi s’agir de groupes de pression catégorielle. Dans les années 1880, la Ligue des Patriotes de Déroulède correspond à cette définition. Elles se sont manifestées lors de l’affaire Dreyfus, et lors du Cartel des gauches, avec certaines d’inspiration fasciste. Mais les années 1930 voient une prolifération de ligues, qui prendront de l’influence sur le champ politique.

On peut parler de quatre sortes de ligues.

        1. L’Action Française.                                                                    Elle correspond bien à la définition des ligues. Cf. supra.
        2. Les ligues catégorielles.

          Ce sont des associations qui prétendent parler au nom d’une catégorie socioprofessionnelle précise. Ce sont les plus nombreuses.

          Ainsi, la Fédération Nationale des Contribuables est fondée en 1928, avec pour revendication de payer moins d’impôts. Mais les méthodes sont radicales : la FNC appelle en février 1933 à marcher sur l’Assemblée Nationale. Elle a un discours antiparlementaire et des méthodes directes.

          Une autre est l’Union Nationale des Combattants, et toutes les associations d’anciens combattants. L’UNC est la plus grosse (1 million d’adhérents), avec des dirigeants marqués à droite, qui parlent dès 1933 de libérer la France de la tyrannie des partis politiques.

          Enfin, le Front Paysan, dont les adhérents portent la chemise verte, et qui a un journal, Haut les fourches. Son programme est très radical, autoritaire et xénophobe.

        3. Les ligues césaro-plébiscitaires.

          Trois grandes organisations principales : les Jeunesses Patriotes, les Croix de Feu et la Solidarité Française.

          Les JP sont une organisation crée au moment du Cartel des gauches, en 1926, par Taittinger, qui avait pris son autonomie par rapport à la Ligue des patriotes de Déroulède dont elle était le mouvement de jeunesse. Elle est réactivée au début des années 1930. Elle veut réformer les institutions pour un exécutif fort et un grand parti de droite, des nationalistes à certains radicaux. C’est l’aile activiste du grand mouvement réformateur de Tardieu.

          Les Croix de Feu sont l’organisation la plus célèbre. Elle a été créée en 1927 par un écrivain ancien combattant, Maurice Hanot, qui au départ ne rassemblait que les anciens combattants décorés, d’où un recrutement limité. À partir de 1928, Hanot est remplacé par le lieutenant-colonel François de la Rocque, qui va complètement modifier l’organisation. Cet officier à la retraite, qui a perdu un bras à la guerre, va en faire une organisation de masse : en plus des décorés, l’organisation sera étendue au Briscards, les soldats qui ont passé plusieurs années au front. Après, elle sera encore élargie aux descendants des Croix de Feu et Briscards, et enfin, elle s’ouvrira à tous les sympathisants, qui seront les Volontaires Nationaux. Les femmes peuvent adhérer. 150 000 adhérents fin 1934, plus de 300 000 en 1935. C’est la plus importante des ligues. C’est l’incarnation même du fascisme en France, pour la gauche, qui présente la Rocque comme un Mussolini français. En effet, si son programme n’a rien de fasciste, la Rocque a emprunté au fascisme leur décorum. Les Croix de Feu ont une organisation armée, les dispos, organisés sur un mode militaire, avec une importante force motorisée. Ils multiplient les parades nocturnes, saluent le bras tendu … Ce rituel copié sur le fascisme fait des Croix de Feu, pour la gauche, l’incarnation la plus menaçante du fascisme français. Mais leur programme, écrit par la Rocque dans Service public, écrit en 1932, condamne tout ce qui divise la nation, même s’il rejette explicitement le totalitarisme fascisme, le racisme et la xénophobie. Il est par contre pour un exécutif fort, avec un programme économique libéral, où les références les plus importantes sont catholiques. C’est une formation typique de la droite catholique, à rapprocher du parti chrétien social autrichien de Dollfuss, ou de la dictature portugaise de Salazar. Cette organisation mélange un programme de droite affirmée et un décorum qui, aux yeux de la gauche, en fait l’incarnation du fascisme.

          La Solidarité Française est financée par un parfumeur, François Coty (qui possède Guerlain). Ce mouvement donne l’apparence d’un mouvement fasciste : salut antique (bras droit levé), défilés au pas cadencé, chemise bleues … Aux yeux de la gauche, ce sont aussi des fascistes. Mais leur programme est aussi centré sur la réforme de l’état, mais plus poussée que Tardieu : ils veulent un président de la République élu pour 7 ans au suffrage universel direct, avec droit de dissolution et de référendum. Le programme demande aussi le vote des femmes, et celui des enfants, représentés par le père de famille. Ce programme est plus xénophobe que celui des Croix de Feu ; mais à sa création, ce n’est pas une organisation fascisme, même si après 1935 elle va se radicaliser et s’en rapprocher.

          Il y a des conflits entre différentes ligues, qui se battent puisque leurs chefs ne s’entendent pas.

        4. La nébuleuse fascisante.

Trois critères : idéologies, méthodes d’action, liens matériels et financiers avec les fascismes. Cette nébuleuse est très minoritaire par rapport aux ligues.

Il y a d’abord tout un foisonnement de groupuscules, composés en majorité d’authentiques cinglés. Leur rôle politique est nul, hormis le tabassage.

Le fascisme d’importation, dans les années 1930, est le francisme, avec Marcel Bucard. C’est un mouvement fasciste authentique, copié sur le fascisme italien. Bucard est engagé volontaire à 18 ans, entre au faisceau en 1925, puis ira dans un groupuscule, et montera finalement le sien, le francisme, en 1923. Son programme est clair : " Notre francisme est à la France ce que le fascisme est à l’Italie ". Les rituels sont les mêmes, et le programme met en cause la " démocratie des jouisseurs ", avec un langage très violemment xénophobe, un rejet explicite de la démocratie politique, pour supprimer la République et mettre en chef Bucard, acclamé par le peuple. Mais son audience ne dépasse pas le millier d’adhérent, une dizaine de milliers au maximum.

La France n’a jamais connu avant 1938 de véritable mouvement fasciste de masse. Mais une imprégnation se fait par un fascisme intellectuel diffus, qui influence par des écrits. Des intellectuels connaissent en effet à cette époque la tentation fasciste, et diffuseront dans le corps social français des valeurs, mais sans passer par la politique. Ce sont Robert Brasillach, Pierre Drieu la Rochelle, romancier à succès, Lucien Rebatet, Pierre-Antoine Cousteau … Ils sont séduits par l’esthétique du fascisme, plus que son programme. Drieu la Rochelle est ancien combattant, romancier à grand succès, ami proche de Louis Aragon et André Malraux… Il publie en 1934 Socialisme fasciste, où il montre du dégoût de soi, une obsession pour la virilité, avec le culte de la force. Cette esthétique le séduit. Il se suicidera en janvier 1945, en exprimant toute son admiration pour Staline, le plus fort. Brasillach est normalien, a écrit Notre avant-guerre, et est séduit pas le romantisme fasciste : les cérémonies, défilés, la fraternité … Il voit dans le fascisme un art de vivre qui permettra de retrouver la communauté perdue. Ces écrivains sont séduits par l’esthétique du fascisme, qui a esthétisé la politique.

è La France des années 1930 est-elle allergique au fascisme, et si oui, pourquoi ?

Pour René Raymond, le fascisme français est toujours resté marginal : la France est à la fois protégée par son statut de pays vainqueur, sans revendication territoriale, par le caractère limité de sa crise économique et social, et par le caractère de sa tradition républicaine, longue. Ce qui n’empêche pas qu’elle a connu des mouvements antidémocratiques comme les ligues, mais ce ne sont pas des fascismes.

Pour Robert Soucy et Zeev Sternhell (auteur de Ni droite ni gauche, les origines de l’idéologie fasciste en France), la France a été l’origine intellectuelle du fascisme. Il a donc une influence très importante.

Le fascisme, au sens générique, peut être défini comme le fait Pascal Ory dans Du fascisme, en six points. Le fascisme, c’est un phénomène politique daté de l’après première guerre mondiale. Les fascismes sont des mouvements qui remettent en cause les fondements de la modernité politique, la philosophie des lumières et le droit naturel. Ils en rejettent donc les deux héritiers : le libéralisme et le socialisme. Le libéralisme est rejeté car il donne le primat à l’individu, qui a des droits, ce qui met en cause la cohésion de la nation, qui est l’élément central pour le fascisme. De même, l’économisme met en cause la cohésion nationale. Le socialisme qui postule la lutte des classes fait de même : les classes sont internationales, et leur lutte divise la nation. Troisième trait, les fascismes revendiquent un nationalisme intégral : le fascisme est une religion de la nation. Pour qu’elle soit cohérente, il faut donc l’épurer de ceux qui la mettent en danger, soit par position (les adversaires politiques), soit par naissance (la question raciale). Il faut donc épurer la nation, même physiquement. Quatrième trait, les partis fascistes ont une forme d’organisation dérivée du modèle militaire : uniforme, défilés, chefs … Mais avec la forte différence qu’ils ne fonctionnent pas selon une structure hiérarchique : il n’y a qu’un numéro un, et pas de numéro deux, ni de grille hiérarchique définie. Cinquième trait, les fascismes, ce qui les différencie des mouvements contre-révolutionnaires classiques, acceptent une des principales conséquences de la modernité, l’entrée des masses en politique. Mais ils envisagent leur participation sur un mode inédit, le rassemblement autour du chef, par acclamation et manifestation autour du chef. On peut donc dire que les fascismes sont futurocentriques : leur modèle de société est dans l’avenir, ils veulent inventer une société nouvelle et un homme nouveau. Enfin, les fascismes exaltent la violence guerrière et expansionniste : il n’y a pas de fascisme sans esprit de conquête et sans violence impériale. Le fascisme est donc un naturisme radical : la nature a toujours raison, car elle détermine qui est fort et qui est faible, et la question est plutôt : qui est le maître ?

On trouve dans la plupart des mouvements français des différences avec cette définition : aucun n’a de visées expansionnistes, cette nébuleuse est très fragmentée, et la plupart ne veut pas faire un homme nouveau, ni une société nouvelle. Mais il y a l’emprunt des méthodes d’action dans la rue, et du décorum fasciste.

Pour le suisse Philippe Burin, il y a un champ magnétique des fascistes en France. Il y a d’abord un fascisme à l’état pur, avec le francisme, plus tard le PPF et quelques écrivains, puis une zone fascisante, magnétisée par le fascisme, avec les ligues, et une zone de pouvoir intellectuel du fascisme, avec des écrivains et les Croix de Feu.

Il y a dont de fortes potentialités antidémocratiques et totalitaires en France, mais elles ne se cristallisent pas dans un parti fasciste unifié. Mais cela crée un climat de violence politique, verbale et physique, un climat qui mènera à Vichy.

Conclusion.

Conjugaison d’une crise économique, d’une crise politique, et de menaces extérieures, qui accouchera à partir de 1934 de deux nébuleuses : des anticommunistes d’un côté, et des antifascistes de l’autre. La gauche pense que toutes les ligues sont fascistes, donc il faut s’unir contre ce péril ; la droite elle va s’unir non sur la réforme de l’État, mais sous la bannière de l’anticommunisme, sous sa facette française et sous celle de l’hostilité à l’URSS. Toute la vie politique à partir de 1934 va s’ordonner autour de cet axe, antifascisme contre anticommunisme.

A


Par commission pédagogique - Publié dans : 1ere année
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